Monde fascisant créé par des milliardaires, opérations militaires et totalitaires... Le cinéaste anglais, mort du sida en 1994, évoquait déjà dans les années 1970-80 les menaces d’aujourd’hui. Une œuvre d’une liberté étourdissante, à (re)découvrir sur grand écran. « Jubilee » (1978), notre film préféré du cinéaste anglais. Empli de prémonitions vertigineuses… Photo Malavida - Impex Par Frédéric Strauss Publié le 17 juin 2026 à 14h00 C‘était fin novembre-début décembre, l’an dernier. Au MK2 Bibliothèque x Centre Pompidou, les films de Derek Jarman venaient illuminer l’automne parisien. Ce cinéaste britannique, mort du sida en 1994 à l’âge de 52 ans, ressortait de l’ombre pour nous parler de monde en crise et de beauté, de différence et de menace sur les libertés, de violence et de poésie, avec une énergie superbe, profondément émouvante. Agitateur visionnaire, Derek Jarman se déclarait toujours vivant à travers les images incandescentes qu’il nous a laissées. Cinq de ses films retrouvent à partir du 17 juin le chemin des salles. Un programme rare que nous avons mis dans l’ordre de nos préférences. À lire aussi : Le cinéaste anglais Derek Jarman, ovni punk et icône queer, enfin célébré par le Centre Pompidou “Jubilee” (1978) Le second film de Jarman est le plus bel exemple de la liberté totale avec laquelle il s’empare du cinéma. La reine Élisabeth Ire (règne : 1558-1603) y rencontre un ange venu lui ouvrir les yeux sur l’avenir de son royaume, que la fin des années 1970 précipite dans le chaos. Des jeunes filles très punks se laissent gentiment manipuler par un magnat de l’industrie du spectacle qui rachète toutes les chaînes de télé et crée un monde fascisant où la culture pop-rock est interdite. Un pêle-mêle d’idées prémonitoires, illustrées par des scènes que lie entre elles une rage constante, expression d’une envie de tuer avec un couteau, une mitraillette ou de la sauce piquante. En prise directe avec le désespoir du « No Future » et avec les musiques d’alors, Jubilee est un happening étourdissant et un coup de sonde historique dans un royaume désuni. À lire aussi : Que voir au cinéma cette semaine ? Notre sélection critique du mercredi 17 juin “The Last of England” (1987) Dix ans plus tard, Derek Jarman évoque de nouveau son pays, cette fois en flammes dans un film de visions impressionnantes, méditatives. La menace totalitaire a pris la dimension d’une opération militaire ; la liberté n’est plus incarnée que par un jeune junkie rebelle et par un porteur de torche qui cherchent l’espoir dans l’obscurité. Hanté par la fin des temps, le réalisateur réussit à trouver dans le langage des images la dernière harmonie possible. Un film qui bat comme un cœur en se battant contre l’anéantissement. “War Requiem” (1989) Presque classique dans sa forme, ce film est pourtant aussi, à l’égal des autres, un objet cinématographique unique. Le peintre qu’était Derek Jarman s’y met au service du réalisateur pour créer des tableaux vivants et vibrants sur lesquels vient résonner le War Requiem composé par Benjamin Britten. Une évocation puissante de toutes les guerres, traversée par le regard consolateur de la muse Tilda Swinton. “Sebastiane” (1976) Cosigné avec Paul Humfress, le premier film de Derek Jarman est un péplum en latin, où des soldats romains, le plus souvent dénudés, orchestrent ce qui va devenir le martyre de saint Sébastien. L’avant-garde queer se mêle à des moments de grâce pure, hors du temps. À lire aussi : Mois des fiertés : les meilleurs films LGBT+ qui parlent d’amour aux couleurs de l’arc-en-ciel “La Tempête” (1979) Inattendue de la part d’un artiste chez qui s’épanouit un esprit volontiers underground, cette adaptation de Shakespeare rappelle l’attachement de Derek Jarman à toute la culture britannique. Dont il est aujourd’hui un des trésors. Rétrospective Derek Jarman en cinq films. À Paris, au MK2 Beaubourg et au Reflet Médicis. À Ivry-sur-Seine (94), au Luxy. À lire aussi : Festival du film de fesses à Paris : coup de chaud sur la capitale cette semaine
Cinq films de Derek Jarman, ce visionnaire venant du passé, ressortent en salles
Monde fascisant créé par des milliardaires, opérations militaires et totalitaires... Le cinéaste anglais, mort du sida en 1994, évoquait déjà dans les années 1970-80 les menaces d’aujourd’hui. Une œuvre d’une liberté étourdissante, à (re)découvrir sur grand écran.









