Cet article vous est offert Pour lire gratuitement cet article réservé aux abonnés, connectez-vous Se connecter Vous n'êtes pas inscrit sur Le Monde ? Inscrivez-vous gratuitement Débats Débats Débats La Réunion La Réunion La Réunion Tribune Marion Feldman Psychologue-clinicienne Malika Mansouri Psychologue-clinicienne Dans une tribune au « Monde », les psychologues Marion Feldman et Malika Mansouri saluent le vote au Sénat, mardi 16 juin, de la proposition de loi de réparation pour ces mineurs déplacés de La Réunion vers des départements de l’Hexagone entre 1962 et 1984. Publié aujourd’hui à 09h29 Temps de Lecture 3 min. Article réservé aux abonnés A la suite du vote du 28 janvier à l’Assemblée nationale, le Sénat a voté la proposition de loi visant à « réparer les préjudices causés par la transplantation de mineurs de La Réunion », mardi 16 juin. Ce vote sur ces Réunionnais dits « de la Creuse » [entre 1962 et 1984, 2 015 mineurs réunionnais ont été envoyés dans l’Hexagone, le département de la Creuse étant celui en ayant accueilli le plus] représente une avancée politique majeure. Cette reconnaissance n’est en rien un simple geste de bienveillance institutionnelle : elle signe l’aboutissement d’un combat acharné de plus de vingt ans, mené par des victimes, des historiens, des sociologues et des psychologues. Chacun a refusé l’effacement de cette histoire et a œuvré, sur plusieurs fronts, à l’établissement d’une vérité politico-historique et à la reconnaissance de ses conséquences psychiques, longtemps étouffées. En revenant sur cette lutte contre l’oubli, nous souhaitons rappeler que la justice n’advient jamais spontanément, mais qu’elle s’arrache au prix d’un long travail, mené par une pluralité d’acteurs de la société civile, unis par une même exigence de vérité. Au premier plan, le combat de Jean-Jacques Martial a été décisif. C’est par son action en justice, engagée en 2002, que cet ex-enfant réunionnais envoyé dans la Creuse a permis la mise au jour publique de ce qui fut longtemps relégué au silence. Jean-Jacques Martial, alors connu sous le nom de Jean-Jacques Barbey, a saisi la justice en réclamant « 1 milliard d’euros pour enlèvement, séquestration de mineurs, rafle et déportation ». Son action, ainsi que l’ouvrage publié l’année suivante, Une enfance volée [Les Quatre Chemins], ont rompu avec le silence institutionnel en faisant entendre, depuis l’intérieur, l’expérience de l’arrachement, de la désaffiliation et de la perte des repères symboliques. En transformant une trajectoire singulière en parole publique, Martial a politisé la mémoire et rendu intenables les lectures euphémisantes de ces déplacements forcés. Bien qu’il ait été débouté, son action a ouvert la voie à une longue série de procédures. Ces Réunionnais envoyés dans l’Hexagone se sont alors organisés en associations, portés par un désir commun de faire entendre les souffrances et traumatismes directement issus de décisions politiques. Il vous reste 54.86% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.
« Les Réunionnais dits “de la Creuse” ont mené un combat acharné pour que justice soit enfin rendue »
TRIBUNE. Dans une tribune au « Monde », les psychologues Marion Feldman et Malika Mansouri saluent le vote au Sénat, mardi 16 juin, de la proposition de loi de réparation pour ces mineurs déplacés de La Réunion vers des départements de l’Hexagone entre 1962 et 1984.






