Doctorant en finance à l’EPFL, Darius Nik Nejad a passé près de six mois à l’UCLA afin de découvrir la vie universitaire américaine et d’envisager un éventuel avenir aux États-Unis. Ce séjour l’a poussé à rapprocher ses modèles théoriques des données empiriques.Darius Nik Nejad avait l’habitude de quitter son logement hors campus dans la brume pâle d’un matin de Los Angeles et de prendre le bus pour traverser une ville qui semblait ne pas avoir de véritable centre. Les trottoirs apparaissaient et disparaissaient. Les distances s’étiraient. L’UCLA n’était qu’à quelques kilomètres, mais à Los Angeles, quelques kilomètres peuvent signifier quarante-cinq minutes de trajet.«Los Angeles, c’est comme une immense banlieue tentaculaire», dit-il.Pour cet étudiant de l’EPFL né à Genève, habitué à l’agencement compact des villes suisses, ce rythme a d’abord été déstabilisant. Mais il conférait aussi à ses journées une étrange clarté. Il arrivait sur le campus vers 8 heures du matin, le traversait pour se rendre au département de finance, s’installait dans l’espace ouvert réservé aux doctorantes et doctorants et y restait souvent jusqu’à ce que l’horloge indique 20 heures.Ensuite, s’il n’avait pas envie de cuisiner, il se rendait au Cava, son restaurant préféré situé à proximité. «Un Chipotle du Moyen-Orient», comme il le décrit. Ou il pouvait simplement se faire livrer tout ce qu’il voulait manger. Dans une ville conçue pour faciliter les déplacements en voiture, même le dîner s’intègre au rythme de travail.Le jeune chercheur en finance théorique a passé un peu moins de six mois à UCLA. Assez longtemps pour découvrir la vie universitaire américaine, assez longtemps pour voir si les États-Unis pourraient faire partie de son avenir, et assez longtemps pour comprendre que le monde dans lequel il espère entrer est encore plus exigeant qu’il ne l’avait imaginé.Au Collège du Management de la Technologie de l’EPFL, Darius travaille au sein d’un département de finance imprégné d’une solide culture théorique. Ses propres recherches s’inscrivent pleinement dans cette tradition. Il élabore des modèles mathématiques pour comprendre comment les marchés financiers se comportent lorsque les investisseurs n’ont pas les mêmes convictions, lorsque l’information est incomplète ou lorsque les marchés sont soumis à des frictions.«J’ai tendance à aborder la finance comme un physicien», explique-t-il. «Je recherche des schémas récurrents et j’essaie d’élaborer des théories pour les expliquer.»La comparaison est plus qu’une simple métaphore. Avant de se tourner vers l’ingénierie financière, Darius a étudié la physique à l’EPFL. Il aimait sa rigueur théorique, mais a fini par vouloir appliquer cette façon de penser à des systèmes plus proches du comportement humain. Les marchés financiers, contrairement aux systèmes physiques, sont façonnés par des hypothèses, des incitations, des attentes et de l’incertitude.Aux États-Unis, les chercheuses et chercheurs accordent souvent davantage d’importance à la pertinence pratique, aux données et à l’application. Pour Darius, c’était l’un des aspects les plus précieux de son séjour. Son mentor à UCLA l’a encouragé à réfléchir de manière plus concrète à la façon dont ses travaux théoriques pouvaient s’articuler avec des données empiriques. Cette influence est désormais visible dans son dernier article. Rédigé en solo, ce papier jouera un rôle central lorsqu’il entrera sur le marché de l’emploi universitaire.«J’étais plus motivé que jamais à explorer en profondeur les aspects connus et inconnus de la théorie financière», explique-t-il. «Mon séjour à UCLA m’a fait prendre conscience de l’importance d’intégrer des données empiriques à mes cadres théoriques.»La distance qui le séparait de la Suisse l’a aidé. Éloigné de ses amis, de sa famille et de ses habitudes par un décalage horaire de neuf heures, Darius s’est retrouvé dans ce qu’il décrit comme une bulle. Privé de ses distractions habituelles, il a pu se consacrer pleinement au rythme du département. Ses longues journées ne se limitaient pas aux cinq premiers jours de la semaine. Le week-end, il assistait à des conférences, échangeait avec d’autres chercheuses et chercheurs et travaillait souvent sur le campus aux côtés d’autres doctorantes et doctorants.Cette expérience ne l’a pas simplement rendu plus confiant. Elle a surtout rendu la prochaine étape de sa carrière plus concrète, plus compétitive et plus exigeante.Un événement a particulièrement bien illustré ce sentiment. Lors d’une conférence à UCLA célébrant l’obtention par le professeur de finance Tyler Muir du prix Fischer Black, l’une des plus hautes distinctions dans ce domaine, Darius s’est retrouvé dans une salle avec de nombreux théoriciennes et théoriciens dont il lisait les articles depuis des années. «C’était un peu comme si un enfant se retrouvait entouré de toutes ses superstars du football», raconte-t-il. Ce moment était intimidant, mais pas décourageant. Il a rendu le monde universitaire auquel il aspire plus concret, plus exigeant et plus stimulant.La main invisible du marché de l’emploi universitaire le ramènera-t-elle aux États-Unis, ou ailleurs dans le monde? «Mon séjour à l’étranger m’a confirmé que le monde universitaire américain est une option sérieuse», dit-il. «Mais il m’a aussi montré à quel point la barre peut être haute».
«J'ai tendance à aborder la finance comme un physicien»
Doctorant en finance à l’EPFL, Darius Nik Nejad a passé près de six mois à l’UCLA afin de découvrir la vie universitaire américaine et d’envisager un éventuel avenir aux États-Unis. Ce séjour l’a poussé à rapprocher ses modèles théoriques des données empiriques.








