Saisie en janvier par Reporters sans frontières, l’Arcom a épluché les programmes de la chaîne phare de Vincent Bolloré en mai 2025. Et constaté que non, tous les courants de pensée ne sont pas représentés dans les infos et les débats. La réaction de la chaîne sur laquelle officie Pascal Praud : « Cette décision porte une atteinte injustifiée à la liberté d’expression, au pluralisme des débats et à l’indépendance de la ligne éditoriale. » Capture d’écran CNews Par Richard Sénéjoux Publié le 15 juin 2026 à 18h10 Enfin ! Après de longs mois d’atermoiements et l’impression parfois donnée de ne pas honorer certaines de ses missions, l’Arcom tape du poing sur la table. L’instance de régulation vient en effet de mettre en demeure CNews de respecter à l’avenir le pluralisme des courants de pensée et d’opinion sur son antenne, pointant le manque de diversité des intervenants et de différents points de vue dans le traitement de sujets d’actualité (sécurité, guerre en Ukraine, Algérie, immigration…). Un constat que font, souvent depuis des années, bon nombre de téléspectateurs, associations, patronne de chaînes publiques ou médias (au hasard : Télérama). Si la chaîne info du groupe Canal+ ne change rien, elle s’expose à des sanctions qui peuvent aller jusqu’au retrait de sa fréquence sur la TNT — c’est ce qui est arrivé à C8 en 2025. La décision de l’Arcom porte sur les propos tenus à l’antenne par les animateurs et intervenants, mais pas le personnel politique (en tout cas identifié comme tel), dont le temps de parole s’inscrit dans un autre décompte. Saisie le 15 janvier 2026 par Reporters sans frontières (RSF), l’Arcom a visiblement mis les bouchées doubles pour aboutir à cette décision six mois plus tard. « Nous avons pris en compte 168 heures de programmes tirées de 146 émissions de CNews sur la période pointée dans la saisine de RSF, en l’occurrence mai 2025, a expliqué le président de l’instance de régulation, Martin Ajdari, lors d’un point presse. Ce travail très méticuleux a mobilisé la moitié des douze personnes dédiées à la déontologie de l’information à l’Arcom, sans l’aide d’un quelconque outil d’intelligence artificielle. » Des milliers de pages de verbatims, tirés notamment d’émissions à forte audience comme L’heure des pros, Face à l’info ou Morandini live, ont été produites et indexées par les services de l’Arcom. Qui ont constaté des « déséquilibres structurels et durables en faveur d’un courant de pensée et d’opinion », tout en se gardant bien de le nommer d’une quelconque manière. On devine toutefois qu’il s’agit de celui correspondant à l’extrême droite, pour faire simple. « On constate qu’aucune contradiction n’est portée aux propos tenus dans les trois quarts des séquences, relève Catherine Jentile de Canecaude, conseillère en charge du pluralisme et la déontologie de l’information et des programmes à l’Arcom. Et, quand il y en a, elle est souvent contredite ou caricaturée. » L’Arcom siffle la fin de la récréation. L’antenne de CNews va devoir vite évoluer. Thibaut Bruttin, directeur général de RSF En septembre, période qui marquera le départ général de la course à l’Élysée, l’instance de régulation mettra en place une forme de « veille » consacrée au respect du pluralisme sur les quatre chaînes d’info. « En cas de suspicion de manquement, l’Arcom approfondira ses observations et pourra intervenir directement », précise un communiqué. Mais toujours pas d’auto-saisine au programme. « Toutes les séquences problématiques font de toute façon toujours l’objet de saisines de citoyens, justifie Martin Ajdari. Si l’une d’entre elles concerne le pluralisme sur CNews et qu’elle est fondée, l’Arcom pourra saisir le rapporteur indépendant, qui statuera en vue d’une éventuelle sanction. » Une décision qui peut toutefois prendre plusieurs semaines. Pour Thibaut Bruttin, le directeur général de RSF à l’origine de la saisine, « cette décision va dans le bon sens, même si elle arrive un peu tard. On est contents que l’Arcom siffle la fin de la récréation et fasse le même constat que nous. L’antenne de CNews va devoir vite évoluer. Si rien ne bouge, on est prêt à effectuer de nouvelle saisine ». Dans un communiqué, la chaîne info du groupe Canal+ déclare « [contester] fermement les griefs formulés par l’Arcom […] et estime que cette décision porte une atteinte injustifiée à la liberté d’expression, au pluralisme des débats et à l’indépendance de sa ligne éditoriale ». Et précise qu’elle déposera un recours devant le Conseil d’État. Une action qui, en l’espèce, n’est pas suspensive. À lire aussi : Départ de Sonia Mabrouk, crise interne… La folle semaine où la “forteresse” CNews s’est fissurée Télévision CNews Médias Arcom Vincent Bolloré Le magazine en format numérique Lire le magazine Les plus lus