Cet article vous est offert Pour lire gratuitement cet article réservé aux abonnés, connectez-vous Se connecter Vous n'êtes pas inscrit sur Le Monde ? Inscrivez-vous gratuitement Débats Débats Débats Pollutions Pollutions Pollutions Analyse Audrey Garric Depuis plusieurs décennies, de nombreux pays ont réduit la pollution de l’air, améliorant la santé publique. Mais la diminution des aérosols soufrés, des particules qui réfléchissent les rayons du soleil, accentue le réchauffement climatique, analyse la journaliste Audrey Garric. Publié aujourd’hui à 10h30 Temps de Lecture 3 min. Article réservé aux abonnés La lutte contre la pollution de l’air est-elle en train d’aggraver le réchauffement climatique ? Formulée ainsi, la question peut paraître absurde. Depuis des décennies, les scientifiques alertent sur les ravages sanitaires des particules liées aux rejets des centrales à charbon, des voitures ou des navires. Elles provoquent près de 7 millions de décès prématurés dans le monde chaque année, selon l’Organisation mondiale de la santé. Pourtant, une réalité méconnue du grand public apparaît avec une acuité croissante dans les travaux scientifiques : en réduisant cette pollution, l’humanité dévoile une partie du réchauffement qui était jusque-là masqué. Pour comprendre ce paradoxe, il faut revenir à la physique de l’atmosphère. La majorité des aérosols issus des activités humaines agissent comme un voile partiel entre le Soleil et la Terre. Ces petites particules en suspension dans l’air, principalement formées à partir du dioxyde de soufre émis lors de la combustion du charbon ou du pétrole, empêchent une partie du rayonnement solaire de toucher la surface du globe. Elles servent également de noyaux de condensation à la vapeur d’eau, augmentant le nombre de gouttelettes dans les nuages et renforçant ainsi leur capacité à réfléchir la lumière vers l’espace. Ce « parasol » involontaire a limité une partie du réchauffement climatique anthropique. Selon le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat, les aérosols sulfatés (parmi les plus répandus) ont conduit à un refroidissement de l’ordre de 0,5 °C depuis l’ère préindustrielle. Dans le même temps, le réchauffement lié à toutes les activités humaines a atteint + 1,37 °C en 2025. La pollution soufrée a donc contrebalancé un tiers du réchauffement climatique anthropique. Sans elle, la planète serait encore plus chaude qu’elle ne l’est aujourd’hui. Mais cet écran s’amincit. Les émissions mondiales de dioxyde de soufre dues aux activités humaines ont chuté de 70 % depuis la fin des années 1970. En Europe et en Amérique du Nord, elles ont fortement diminué depuis les années 1980 grâce aux politiques de lutte contre la pollution de l’air et à la fermeture de nombreuses centrales à charbon. La Chine elle aussi s’est attaquée à ce fardeau sanitaire à la fin des années 2000, afin de dissiper l’épais brouillard dans lequel elle étouffait. En 2020, une nouvelle norme de l’Organisation maritime internationale a abaissé la teneur maximale en soufre du fioul utilisé par les bateaux. Il vous reste 58.13% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.