Cet article vous est offert Pour lire gratuitement cet article réservé aux abonnés, connectez-vous Se connecter Vous n'êtes pas inscrit sur Le Monde ? Inscrivez-vous gratuitement Débats Débats Débats Immigration et diversité Immigration et diversité Immigration et diversité Tribune Yazid Sabeg Ancien commissaire à la diversité et à l’égalité des chances (2008-2012) Dans une tribune au « Monde », l’ancien commissaire à la diversité et à l’égalité des chances Yazid Sabeg salue une enquête menée par l’INED et l’Insee qui révèle, selon lui, « une France brassée, entremêlée, traversée d’identités à trait d’union », au-delà des controverses et des affrontements politiques. Publié le 12 juin 2026 à 06h00 Temps de Lecture 4 min. Article réservé aux abonnés L’immigration est devenue l’un des faits constitutifs de la France contemporaine. La nier, c’est mentir au pays ; la subir sans ordre, c’est l’abandonner aux tensions et aux troubles ; la célébrer sans exigence, c’est manquer de sérieux. Il faut à cet égard saluer « Trajectoires et origines 2 » (TeO2), une enquête de l’Institut national d’études démographiques (INED) et de l’Insee menée auprès de 27 000 personnes, et l’ouvrage dirigé par Cris Beauchemin, Mathieu Ichou et Patrick Simon qui en présente les résultats [Editions de l’INED, 616 pages, 29 euros]. Avant TeO2 (2019-2020), il y eut TeO1 (2008-2009), dans un climat controversé. Il faut saluer le travail des chercheurs et chercheuses Cris Beauchemin, Christelle Hamel, François Héran, Mathieu Ichou, Patrick Simon, des équipes de l’INED et de l’Insee, ainsi que celui de Jean-Luc Tavernier, pour ce service rendu à la République. Le grand penseur des Lumières Nicolas de Condorcet (1743-1794) aurait reconnu là l’une des plus hautes fonctions de la connaissance : éclairer la décision publique. Or, l’immigration est devenue un théâtre : menace pour la droite extrême, morale antiraciste impuissante, lois sans doctrine. L’Etat a beaucoup parlé, mais il a mal distingué et souvent mal tenu parole. L’enquête TeO2 oblige à changer de logiciel. La France ne peut plus penser l’immigration comme un phénomène extérieur, temporaire ou administratif. Elle a produit des générations, des familles, des unions mixtes, des descendants français, des appartenances multiples et des enracinements durables. La question migratoire demeure une question de souveraineté aux frontières, qui appelle une régulation claire des flux, des statuts et les sorties. Mais le fait post-migratoire engage l’école, le travail, le logement, la reconnaissance et la cohésion du pays. Toute l’erreur française tient à la confusion de ces deux objets : durcir les flux pour masquer l’échec de l’intégration ; invoquer l’intégration pour éviter de réguler. La frontière relève de l’Etat souverain ; les générations installées relèvent de la république sociale. Les mélanger, c’est échouer deux fois. Il vous reste 68.31% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.