Cet article vous est offert Pour lire gratuitement cet article réservé aux abonnés, connectez-vous Se connecter Vous n'êtes pas inscrit sur Le Monde ? Inscrivez-vous gratuitement Débats Débats Débats Immigration et diversité Immigration et diversité Immigration et diversité Éditorial Le Monde Les centres de rétention administrative ressemblent de plus en plus aux prisons qu’ils ne doivent pas être. Pour mettre fin à la situation aberrante des « ni expulsables ni régularisables », une tolérance valant titre de séjour temporaire doit être instaurée. Publié aujourd’hui à 11h30 Temps de Lecture 2 min. L’exploitation politique des questions d’immigration paraît électoralement si profitable que la réalité des phénomènes migratoires et la logique nécessaire à leur appréhension cèdent souvent le pas à la démagogie, au risque d’aggraver des drames humains. Il en est ainsi de la politique de rétention et d’éloignement du territoire des étrangers auxquels l’Etat ne reconnaît pas le droit de séjourner sur le territoire. La pratique de la rétention administrative a été légalisée en 1981 pour rompre avec des années d’utilisation non encadrée et controversée des commissariats de police, voire de lieux non déclarés comme le hangar d’Arenc, situé sur le port de Marseille. Les centres de rétention administrative (CRA) ouverts à partir de 1984 ne sont pas des prisons. Gérés par des policiers ou des gendarmes, ils ont été conçus non pour infliger une peine, mais pour donner le temps à l’administration d’organiser l’éloignement des étrangers « retenus », et non détenus. Cette définition théorique se heurte crûment à la réalité détaillée dans un reportage du Monde. Sanitaires insuffisants ou hors service, climat de violence, pauvreté des activités physiques… Les CRA ressemblent de plus en plus aux prisons qu’ils ne doivent pas être. Les conditions de vie des quelque 16 000 personnes étrangères qui y séjournent chaque année sont aggravées par l’allongement de la durée moyenne de rétention (trente-trois jours en 2025, contre dix-sept en 2020) et par la circulaire prise en 2022 par Gérald Darmanin, alors ministre de l’intérieur, demandant aux préfets de diriger prioritairement vers les CRA les étrangers « auteurs de troubles à l’ordre public y compris lorsque l’éloignabilité ne [paraît] pas acquise ». Résultat, de plus en plus de « retenus » sont des sortants de prison qui rendent les centres de moins en moins gérables. Dénoncée par les associations de solidarité avec les immigrés, l’indignité des conditions de rétention doit cesser. Cela suppose la mise en œuvre d’une autre politique d’éloignement. Si le placement prioritaire en rétention, non pas de simples sans-papiers, mais de gros délinquants étrangers tels que les auteurs de crimes de sang, d’actes de terrorisme ou les trafiquants de drogue, repose sur une certaine logique, il doit tenir compte du contexte familial et des liens avec la France, mais aussi de la possibilité concrète d’une expulsion, notamment de la nécessité d’obtenir un laissez-passer consulaire du pays dont l’intéressé est ressortissant. Enfermer de plus en plus longtemps – jusqu’à quatre-vingt-dix jours, durée maximum légale hors terrorisme – des étrangers dont chacun sait l’expulsion impossible n’a aucun sens. C’est pourtant ce que l’on fait couramment : les placements sont de plus en plus longs, tandis que le taux d’éloignement effectif baisse – il était de 36 % en 2025, contre 39 % en 2024. Plus le temps passe et moins certaines expulsions sont réalisables. Les étrangers finissent alors par sortir de rétention sans papiers ni la moindre aide à la réinsertion. Cette aberration humaine et sociale des « ni expulsables ni régularisables » doit cesser. Cela passe, comme en Allemagne, par la reconnaissance de cette situation et l’instauration d’une tolérance (Duldung outre-Rhin) valant titre de séjour temporaire. C’est une condition pour qu’une politique d’expulsion conforme aux priorités de la société puisse être mise en œuvre. Pour éviter aussi l’intolérable gâchis humain actuel. Se trouvera-t-il des responsables politiques suffisamment courageux pour l’expliquer aux électeurs ? Le Monde
Immigration : une politique d’expulsion inhumaine et inefficace
ÉDITORIAL. Les centres de rétention administrative ressemblent de plus en plus aux prisons qu’ils ne doivent pas être. Pour mettre fin à la situation aberrante des « ni expulsables ni régularisables », une tolérance valant titre de séjour temporaire doit être instaurée.









