Préoccupés, des experts craignent des dérives du projet de loi 3, dont l’étude détaillée s’est terminée mardi soir, sur l’indépendance du processus de délimitation des circonscriptions. Malgré cela, le texte sera soumis au vote des députés ce vendredi au Salon rouge pour son adoption finale.« On se retrouve dans une situation qui est irrespectueuse des principes qui sont fondamentaux dans la loi électorale », fait valoir le député indépendant Youri Chassin, qui a multiplié les tentatives pour bloquer le projet de loi du ministre Jean-François Roberge, mais sans succès. L’élu a plaidé le respect de l’indépendance du processus de révision de la carte électorale, dont ne devraient pas se mêler les députés, selon lui. Il regrette les efforts de tous les partis à l’Assemblée nationale, à l’exception du Parti conservateur, pour faire passer le nombre de circonscriptions électorales de 125 à 127 au Québec, plutôt que d’adopter les délimitations proposées par la Commission de la représentation électorale.Interrogés par Le Devoir, des experts partagent également ses préoccupations quant à l’ingérence des députés dans le processus de redécoupage.Du « gerrymandering » au Québec ?« On outrepasse une institution indépendante. Et ça, c’est déterminant en démocratie », soutient Thierry Giasson, professeur au Département de science politique à l’Université Laval. Selon lui, l’élaboration d’une nouvelle carte électorale par les députés de l’Assemblée nationale plutôt que par la Commission de la représentation électorale crée un précédent risqué. « Quand on commence à jouer sur des principes qui fondent le régime dans lequel on choisit nos représentants, on entre dans une zone dangereuse. Le conflit d’intérêts devient alors patent », indique-t-il.