Cet article vous est offert Pour lire gratuitement cet article réservé aux abonnés, connectez-vous Se connecter Vous n'êtes pas inscrit sur Le Monde ? Inscrivez-vous gratuitement Livres Livres Livres Romans francophones Romans francophones Romans francophones L’auteur donne une vie nouvelle à trois des principales signatures de l’écrivain portugais, Alberto Caeiro, Ricardo Reis et Alvaro de Campos. Article réservé aux abonnés « Mon nom est personne », de Matthieu Mégevand, éd. Christian Bourgois, 272 p., 19 €, numérique 15 €. A la mort de Fernando Pessoa, en 1935, on découvrit, dans son appartement lisboète, une malle contenant 27 543 feuillets attribués à une multitude d’auteurs. Plus de 70 hétéronymes aux styles variés – symbolistes, futuristes, décadents… Autant de textes écrits par Pessoa, mais signés de ses alter ego. Ces figures peuvent se lire comme des porte-parole de l’écrivain, ou comme ses envoyés spéciaux, lancés à l’assaut de toutes les contrées du langage. Parmi ces êtres de fiction, que l’écrivain avait dotés d’une biographie précise (date de naissance, état civil, profession), trois ont retenu l’attention du romancier suisse Matthieu Mégevand, auteur, notamment, d’une biographie romancée du peintre Henri de Toulouse-Lautrec (Lautrec, Flammarion, 2019). Dans son très beau livre Mon nom est personne, qui tient autant de l’exercice de style que de l’exploration érudite de Pessoa, Mégevand s’empare de ces hétéronymes pour les faire revivre et donner à entendre quelques fragments de leurs poèmes. Hommage ? Appropriation littéraire ? Fanfiction ? Il y a un peu de tout cela dans ce roman habile qui parvient à rendre vraisemblable l’imagination délirante de Fernando Pessoa. Pour les lecteurs qui ne connaissent pas encore son œuvre, ce roman constitue une excellente porte d’entrée vers trois de ces « auteurs ». Les admirateurs de Pessoa, quant à eux, seront heureux de retrouver son univers (re) mis en mouvement, où ses êtres s’animent dans l’écriture imagée de Mégevand. Ainsi d’Alberto Caeiro, figure centrale de l’œuvre de Pessoa, qu’il considérait comme « le maître de tous les hétéronymes ». Poète païen, il se livre à l’écriture non pour comprendre le monde, juste pour le mettre en présence. « L’unique signification intime des choses, c’est le fait qu’elles n’aient aucune intime signification », écrivait-il. Vies de papier Dans cette petite confrérie d’écrivains, entre lesquels Mégevand tisse des liens inédits, comme si Pessoa lui avait délégué son pouvoir fictionnel, figure également Ricardo Reis, médecin-poète, féru d’Antiquité, auteur d’odes païennes. Et puis Alvaro de Campos, ingénieur naval, grand voyageur, poète prolixe, romantique et désenchanté : « Toutes les lettres d’amour sont ridicules. Elles ne seraient pas des lettres d’amour si elles n’étaient pas ridicules », confiait-il dans un poème devenu célèbre. Il vous reste 31.63% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.