Avec "Disclosure Day", Steven Spielberg poursuit le jeu passionnant entamé il y a 50 ans: nous questionner collectivement, via le prisme de l’alien. Le résuméSteven Spielberg déplace l’alien vers l’ère du doute globalisé, des réseaux et du secret d’État.Le film suit un lanceur d’alerte et une présentatrice météo jusqu’au "jour des révélations".Derrière la SF, une fable sur l’altérité: peur ou empathie face à l’inconnu? Une question au cœur de l'actualité...Après le succès mondial des "Dents de la mer" (1977), que fait le jeune réalisateur de 31 ans que tout le monde scrute? Un film d’extra-terrestres, pardi. Mais ici pas de petits hommes verts munis de tentacules qui viennent détruire la Maison-Blanche avec des lasers. Au contraire, Steven Spielberg confie à François Truffaut le rôle du scientifique frenchie, qui va vivre une expérience mystique au contact grandissant de l’Autre. "Rencontres du troisième type" n'est pas un film de monstres, c'est une quête presque religieuse où des adultes, transformés en prophètes malgré eux, plaquent leur quotidien pour gravir, hypnotisés, une montagne sacrée.Cinq ans plus tard, le réalisateur change de ton avec "E.T. l'extra-terrestre". On passe de la transcendance cosmique à une fable intime à hauteur de jeune garçon émerveillé. Le voyage aurait pu s’arrêter sur ce nouveau succès mondial qui faisait enfin de l’alien un ami mais, en 2005 (11-Septembre oblige?) Spielberg inverse le curseur, les cieux s'assombrissent, les tripodes surgissent, et la survie brute remplace l'émerveillement. C’est "La Guerre des mondes", d’après H.G. Wells…Steven Spielberg à la première de ''Disclosure Day'' à New York, le 8 juin 2026. ©REUTERSQuestions existentiellesChacun de ces trois jalons pose en réalité une question existentielle bien précise. Avec "Rencontres…", le cinéaste nous demande si nous sommes véritablement prêts à tout abandonner, à sacrifier nos repères terrestres et nos familles, pour embrasser l’inconnu. "E.T." déplace le propos vers l’intime et interroge les sentiments: l’imaginaire auquel le «monstre» nous donne accès peut-il guérir notre solitude et nos blessures? "La Guerre des mondes" assume la terreur brute pour poser un dilemme très spielbergien: que reste-t-il de notre humanité lorsque la panique collective frappe, et que la civilisation s'effondre?Ces interrogations s'enracinent directement dans les obsessions du réalisateur: le traumatisme du divorce et la figure du père absent hantent toute sa filmographie. L’alien, chez Spielberg, est l’outil thérapeutique ultime. Il utilise le visiteur du soir pour combler le vide d'une chambre d'enfant ou, au contraire, pour forcer le père immature Tom Cruise à enfin assumer ses responsabilités au milieu des décombres. Sa véritable hantise n'a jamais été l'invasion de la Terre, mais la dislocation de ce qui fait sens (pour lui): la famille, le clan, la réunion symbolique avec la mère. Pour Spielberg, le monde cynique des adultes n’est sauvé que par la pureté de l'enfance – et son besoin de transcendance.Josh O'Connor et Emily Blunt dans "Disclosure Day" de Steven Spielberg. ©Universal StudiosSynthèse fascinanteAvec "Disclosure Day", on assiste à une synthèse fascinante. Spielberg nous offre un thriller paranoïaque globalisé, à l’ère des réseaux, de l’immédiateté, du doute généralisé. Une fois encore, les humains sont ébranlés. Mais cette fois, il n’est plus question de mystique, de complicité à hauteur d’enfant ou de famille sauvée, car Mr. Spielberg nous fait part de son espoir d’artiste à maturité: et si l’alien n’était ni un prophète, ni un ami, ni une menace, mais le vecteur d’une possible… union sacrée? (Sylvestre Sbille)DISCLOSURE DAY | Bande annonce officielle VF [Au cinéma le 10.06.2026]Critique de "Disclosure Day": une fable sur l'altérité«Disclosure Day» n’a rien d’une redite. Au contraire. Spielberg ne s’intéresse plus vraiment à la question de savoir si nous sommes seuls dans l’univers. Il part du principe que les extraterrestres existent et imagine ce qui se produirait le jour où cette vérité serait révélée à l’humanité.Pour donner corps à cette hypothèse, le cinéaste suit Daniel (Josh O'Connor), un lanceur d'alerte déterminé à rendre publiques des preuves de leur existence, ainsi que Margaret (Emily Blunt), une présentatrice météo confrontée à des phénomènes étranges. Deux trajectoires qui avancent en parallèle avant de converger vers ce fameux «jour des révélations» annoncé par le titre.Mais le véritable sujet est plus complexe. Car comme souvent chez Spielberg, les extraterrestres ne sont qu’un prétexte pour parler de nous, les humains. À travers son récit, le réalisateur s’interroge alors sur notre capacité à accepter l’inconnu. Choisissons-nous la peur ou la compassion? Le rejet ou la tolérance? Une phrase, répétée plusieurs fois, résume d’ailleurs toute la philosophie du film: "Ne craignez pas ce que vous ne comprenez pas".Emily Blunt dans "Disclosure Day". ©RVL’empathie comme solutionDerrière un spectacle tantôt kitsch (certains effets restent discutables), tantôt impressionnant (les scènes d’action), le cinéaste signe ainsi une fable sur l’altérité, où la rencontre avec une autre forme de vie aurait tendance à faire émerger notre empathie. Parfois déroutant, le film ouvre aussi des pistes métaphysiques (Dieu, la place du vivant, des animaux) mais il revient toujours à son axe central: l’ouverture à l’autre. (Constant Carbonnelle)Steven Spielberg: 'Disclosure Day' isn't science fiction | AP interview
"Disclosure Day" au cinéma: Mr. Spielberg et ses chers aliens
Avec "Disclosure Day", Steven Spielberg poursuit le jeu passionnant entamé il y a 50 ans: nous questionner collectivement, via le prisme de l’alien.










