Publié le 09/06/2026 08:53

Mis à jour le 09/06/2026 09:01

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Aurore Bergé, ministre de l’Égalité entre les femmes et les hommes et de la Lutte contre les discriminations, était l’invitée des 4V sur France 2, mardi 9 juin.

Ce texte correspond à une partie de la retranscription de l'interview ci-dessus. Cliquez sur la vidéo pour la regarder dans son intégralité.France Télévisions : Vous êtes l'une des ministres que le Premier ministre réunira mardi 9 juin. Sébastien Lecornu veut ajouter plusieurs mesures au projet de loi sur la protection de l'enfance déjà présenté au Conseil des ministres il y a dix jours. Que faut-il ajouter à ce projet de loi ?Aurore Bergé, ministre de l’Égalité entre les femmes et les hommes et de la Lutte contre les discriminations : L'objectif, c'est d'élargir un projet de loi existant et qui va être discuté à partir du 15 juillet prochain à l'Assemblée nationale avec des mesures dédiées à la lutte contre les violences sexuelles, tant les violences sexuelles commises sur les enfants que celles commises sur les majeurs, c'est-à-dire prioritairement sur les femmes. Ça répond à la colère qui est absolument légitime des Français et que je trouve très saine. Je pense que ça fait du bien de voir que les gens sont en colère quand il s'agit d'un enfant qui a subi le pire des crimes et j'espère que cette colère ne va pas faiblir et qu'on va continuer à parler de la protection des enfants et de la protection des femmes. Sur les mesures, il y a plusieurs choses qui sont envisagées, on va en parler autour du Premier ministre. Il y a les règles de prescription. On sait que c'est une demande absolument légitime. Ça fait des années que je milite pour l'imprescriptibilité, par exemple, des crimes sexuels commis sur les enfants, pour que les bourreaux ne dorment jamais tranquilles, parce que les victimes, elles, ne dorment jamais tranquilles à partir du moment où elles ont vécu et subi ces crimes-là, et puis des mesures aussi très pragmatiques et concrètes.Est-ce que ça a du sens, un procès 40 ou 50 ans après ?Je pense qu'avoir la possibilité de cet accès à la justice quand vous avez subi un inceste, c'est-à-dire le plus grand des crimes, je pense que c'est quelque chose qui est extrêmement légitime et attendu. Ça ne veut pas dire que les victimes iront forcément, mais ça veut dire qu'elles auront toujours la possibilité d'avoir accès à la justice et en tout cas revoir les règles de prescription pour allonger la durée de la prescription.Pour la victime, un procès, c'est une promesse de condamnation de leur agresseur, or condamner 40 ou 50 ans après, c'est compliqué de trouver les preuves.Mais 10 ans après, c'est aussi compliqué, 20 ans après, c'est aussi compliqué, et parfois même quelques jours après, c'est aussi compliqué. Le sujet est justement sur le recueil immédiat des preuves quand elles peuvent exister, et ça, c'est ce qu'on fait sur le dépôt de plaintes à l'hôpital, par exemple, sur le recueil des preuves immédiatement à l'hôpital, même quand les victimes ne portent pas immédiatement plainte pour leur laisser le temps nécessaire de réflexion après avoir subi des violences sexuelles ou un inceste quand il s'agit de nos enfants. Mais c'est la question de l'accès à la justice. Aujourd'hui, qu'est-ce qui est contesté dans notre pays ? C'est l'accès à la justice. On a l'impression que l'institution judiciaire est très loin, qu'elle est froide et qu'elle ne protège pas suffisamment et singulièrement, quand il s'agit des enfants. Pourquoi ? Parce qu'aujourd'hui, on ne croit pas la parole des enfants et quand les mères protègent leurs enfants, on les met en accusation. Donc on a à la fois le doute sur la parole de l'enfant et la mise en accusation de la mère qui, elle, croit et protège. Et c'est ça qu'il faut impérativement changer. C'est cette culture-là qu'il faut impérativement inverser aujourd'hui.On entendait dans les manifestations, on l'a beaucoup entendu depuis plusieurs jours, "le système protège les agresseurs". C'est vrai ?Je crois qu'en tout cas, le système n'est pas suffisamment du côté des victimes et qu'elles ont l'impression aujourd'hui que ce système-là fait qu'on leur demande toujours plus, toujours trop, singulièrement à nos enfants. Un enfant qui subit une violence sexuelle, on lui demande d'être en capacité de l'exprimer, de le dire. Et on doute immédiatement de sa parole. Et c'est ça qui est en train de changer dans notre pays, c'est que les Français nous disent : "On veut que la parole de l'enfant soit écoutée, soit respectée, soit crue." Les mères qui protègent leurs enfants, les mères qui écoutent leurs enfants après qu'ils ont témoigné des violences subies au sein d'une famille, c'est elles qu'on met en accusation dans la société. Et c'est impérativement ça qu'on doit renverser.Le doute ne doit plus profiter à l'accusé ?Le sujet n'est pas d'inverser la présomption d'innocence, sauf qu'aujourd'hui, on a le sentiment qu'il y a une présomption de culpabilité qui pèse sur les victimes. On a l'impression qu'il y a une présomption de culpabilité qui pèse sur les enfants, qui pèse sur les mères qui sont courageuses et qui arrivent à dénoncer et qui arrivent à protéger. Et ça, c'est insupportable, parce que ça donne un éloignement majeur vis-à-vis des institutions, vis-à-vis de la justice. Je ne veux pas que la présomption d'innocence, qui est nécessaire dans un État de droit, devienne une présomption de culpabilité qu'on fait peser sur les victimes et qu'on fait peser sur celles et ceux qui écoutent les victimes, qui croient les victimes et qui les accompagnent, encore une fois singulièrement les mères.Cliquez sur la vidéo pour regarder l'entretien en intégralité