Publié le 09/06/2026 10:38

Mis à jour le 09/06/2026 10:39

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Lucia Argibay, secrétaire nationale du Syndicat de la magistrature, était l’invitée de La Matinale sur franceinfo, mardi 9 juin.

Ce texte correspond à une partie de la retranscription du reportage ci-dessus. Cliquez sur la vidéo pour la regarder dans son intégralité.France Télévisions : Quand vous avez vu ces rassemblements dans 160 villes, en France, devant des tribunaux, avec des Français qui demandent des comptes à l'institution judiciaire, vous comprenez cette colère qui se retourne vis-à-vis de l'institution judiciaire en général ?Lucia Argibay, secrétaire nationale du Syndicat de la magistrature : Bien sûr, on la comprend, et pour tout vous dire, on était présents, nous, le Syndicat de la magistrature, devant les tribunaux, aux côtés de la société civile et des associations féministes parce qu'on pense que c'était notre place que de dire que ce qui s'est passé est inacceptable et que ce qui se passe tous les jours est inacceptable. Il y aura peut-être des défaillances individuelles, ça c'est le travail de l'inspection, mais elles sont aussi institutionnelles, collectives. Il faut vraiment se poser la question de pourquoi ça s'est passé comme ça et pourquoi ça se passe comme ça depuis des années. Nous, au Syndicat de la magistrature, ça fait des années qu'on dit que cette catastrophe existe, que les violences sexuelles sur les enfants ne sont pas bien traitées, ne sont pas priorisées et que donc il y a des délais qui sont inacceptables pour les justiciables. On le dit, on l'a répété cette année à plusieurs reprises devant les parlementaires. Et donc évidemment que nous trouvons ça inacceptable, ce qui s'est passé. On trouve ça inacceptable ce qui est très certainement en train de se passer encore aujourd'hui pour des gens qui sont encore en train d'attendre d'être entendus.Et quand vous entendez lundi 8 juin le plus haut magistrat de France, Rémy Heitz, qui était au journal de 20h et qui parle du fait d'un fiasco en disant qu'il faut absolument tout remettre à plat. Vous partagez ce constat ?Oui, nous, encore une fois, ça fait longtemps qu'on le dit, ça fait une dizaine d'années qu'on parle de ce sujet de manière précise. Il y a deux ans, on a publié un état des lieux sur la justice des mineurs. Il s'intitulait : "La justice protège-t-elle les enfants ?" Et la réponse du Syndicat de la magistrature, c'était non. Donc oui, que le système dysfonctionne, on le dit depuis des années, on est un peu étonnés que certains et certaines découvrent le sujet aujourd'hui. Notre garde des Sceaux compris. Il a l'air de se rendre compte, de réaliser tout d'un coup que oui, il y a 70 000 procédures et certainement plus en réalité, qui sont en attente. On regrette que ça n'ait pas été priorisé avant.Ça a été priorisé dans les circulaires. C'était priorisé quand on voit aussi le budget du ministère de la Justice qui a fortement augmenté. C'est probablement insuffisant. On a moins de magistrats, moins de procureurs que tous les pays européens, que la moyenne européenne. On est quand même passé de 7 à 11 milliards.Ce n’est pas négligeable dans le contexte. Mais ce n'est pas une question de moyens. La justice est sous-dotée, on est tous d'accord. Il y a des plans qui ont été faits pour qu'on ait plus de magistrats, magistrates. La question, c'est la priorisation. On nous dit : "Je vous ai dit que c'était prioritaire parce que je l'ai écrit dans une circulaire." Elle fait cinq pages.C'est le 27 janvier 2025. Et elle fixe les grandes orientations, et il y en avait deux.Il y en a deux : le narcotrafic, j'y viens, et les violences. Les violences sur beaucoup de personnes, sur les fonctionnaires de police, sur les élus, les femmes, etc. Les actes antisémites, sur les élus, etc. Et dans toute cette liste de violences-là, on a les violences faites aux enfants : deux lignes sur ces cinq pages. Quand le ministère de la Justice veut faire une vraie politique prioritaire, il l'a déjà fait, il demande des remontées d'informations à ses parquetiers, parquetières, il demande des comptes. J'ai déjà été parquetière, quand la priorité c'était de poursuivre les manifestants et manifestantes qui avaient commis des dégradations. Tous les jours, je devais rendre des comptes à mon procureur : "Combien de gardes à vue ? Qu'est-ce qui s'est passé dans ce dossier ? Qu'est-ce que les policiers ont fait ? Qu'est-ce qu'ils n'ont pas fait ?" Je n'ai jamais dû faire ça en termes de violences sexuelles. Jamais on m'a demandé combien de dossiers j'avais à traiter, combien d'enfants étaient en train d'attendre. Parce qu'en réalité, ce n'étaient pas des commandes du garde des Sceaux.Mais malgré tout, est-ce que vous admettez que les magistrats peuvent commettre des erreurs ? Et peut-être qu'ils ont commis des erreurs, certains, dans cette affaire précisément. On a l'impression qu'en fait, vous vous retranchez toujours derrière le problème de moyens, l'institution qui fonctionne mal, et c'est un fait. Mais est-ce que vous pouvez admettre aussi qu'il y a probablement des défaillances humaines ?Nous, on ne dit pas du tout qu'il n'y a pas des défaillances humaines dans ce dossier. On dit juste qu'il y a une inspection qui est en train de travailler et qu'il y a des magistrats qui ont travaillé dans ce dossier. Et nous, notre but, ce n'est pas de les accabler sans connaître du tout les résultats. Je ne vais pas me fier à ce qui se dit dans la presse.Vous attendez l'enquête administrative qui est lancée ?On attend l'enquête. Les défaillances individuelles peuvent exister. Le Conseil supérieur de la magistrature sanctionne tous les ans des magistrats pour des manquements de différents ordres. On ne dit pas du tout ça. On n'est pas du tout en train de vous dire qu'il n'y a pas eu de manquement individuel. On dit juste : "Attention, parce qu'à chercher un bouc émissaire", c'est le chiffon rouge et on ne s'occupe pas du problème. Et dans un an, je reviendrai sur ce plateau en vous disant : "Rien n'a été résolu." Si on dit que c'est la faute d'une magistrate, finalement, après, on efface tout le reste de la problématique et on met les violences sexuelles sur les enfants encore une fois de côté.Cliquez sur la vidéo pour regarder l'entretien en intégralité