Publié le 09/06/2026 08:29

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Sébastien Martin, ministre délégué à l’Industrie, était l’invité politique de franceinfo mardi 9 juin.

Ce texte correspond à une partie de la retranscription de l'interview ci-dessus. Cliquez sur la vidéo pour la regarder dans son intégralité.France Télévisions : Un mot pour commencer sur ces milliers de manifestants en colère partout en France après la mort de Lyhanna. Tous dénoncent les dysfonctionnements dans la prise en compte des plaintes et demandent des actes. Sébastien Lecornu réunit mardi 9 juin plusieurs ministres sur la protection de l’enfance. Faut-il une révolution au sein du système judiciaire ?Sébastien Martin, ministre délégué à l’Industrie : Vous avez parlé de dysfonctionnements. Le garde des Sceaux, Gérald Darmanin, a fait part, lui, des résultats qui lui étaient remontés, des premières analyses de la situation d’un certain nombre de dysfonctionnements. Je suis pour une société de la responsabilité. Et s’il y a des dysfonctionnements, ils doivent être identifiés et les personnes responsables doivent être sanctionnées. C’est le meilleur moyen aussi de protéger la justice. Je n’aime pas beaucoup qu’on jette l’opprobre sur toute la justice. S’il y a des personnes qui commettent des erreurs, elles doivent être sanctionnées. C’est le meilleur moyen de consolider la justice et bien sûr aussi d’essayer d’apporter un minimum de réponses à toutes ces Françaises et à tous ces Français.Là, vous pointez les magistrats, mais cela veut-il dire que la responsabilité politique, celle notamment de Gérald Darmanin, vous ne la mettez pas en cause ?Le garde des Sceaux a choisi de ne pas se cacher dans cette affaire. Il l’a encore dit [lundi 8 juin] à la télévision. Il va expliquer aux Français ce qu’il fait. Il va montrer comment il se bat pour essayer d’avoir une justice plus efficace. Je pense qu’au contraire, on a plutôt besoin de Gérald Darmanin à la Justice en ce moment.Vous arrivez à Bercy dans un contexte économique difficile : consommation en panne, chômage qui remonte, dette record… Pourtant, l’industrie permet pour l’instant d’éviter à la France la récession. Est-elle devenue aujourd’hui le principal moteur de la croissance ?D’abord, merci de le dire. Parce que j’ai l’habitude de voir généralement que les mauvaises nouvelles sont des bonnes nouvelles. Effectivement notre industrie en mars a fait plus de 1 % de croissance, en avril 0,4 % de croissance, c’est sûr que ça paraît un peu contre-intuitif parce qu’il y a des secteurs industriels qui sont portés. On a mis en place la politique du nouveau nucléaire. Ça crée énormément d’emplois et une dynamique. On a mis en place le plan d’électrification. Ce sont 6 000 usines et 600 000 salariés qui dépendent de ce plan d’électrification. La défense aussi, ce seront des secteurs industriels qui sont tirés. Et aujourd’hui, on voit bien qu’on a une industrie solide.Je vais peut-être mettre un petit bémol parce que les derniers chiffres montrent effectivement un rebond dans certains secteurs industriels : la chimie, la plasturgie, la verrerie, le raffinage, le matériel et le transport hors automobile. Mais est-ce vraiment le signe d’une véritable reprise industrielle ou plus simplement un effet conjoncturel lié notamment à la guerre au Moyen-Orient ?Tout ce que vous avez cité, cela fait beaucoup de secteurs. Cela fait quand même énormément de monde dans un certain nombre de secteurs. Et vous n’avez pas cité non plus les secteurs industriels dont j’ai parlé tout à l’heure : le nucléaire. J’étais [lundi 8 juin] chez moi à Chalon-sur-Saône et en Bourgogne-Franche-Comté, le nucléaire, ce sont des milliers de recrutements qui sont en cours. Dans le Cotentin, il y aura 6 000 emplois industriels de plus d’ici 2030 autour de la défense et du nucléaire. Cette crise, on avait beaucoup dit que ça allait peut-être mettre par terre notre industrie. On a une industrie qui est résiliente. Les crises se succèdent et l’industrie est toujours là.Mais peut-on encore promettre la réindustrialisation quand certains grands groupes réduisent leur présence sur le territoire ? Je pense notamment à Michelin, qui prévoit de supprimer 1 500 emplois en France et explique qu’un pneu coûte deux fois plus cher de produire en Europe qu’en Asie.La réindustrialisation, ce n’est pas qu’une promesse, c’est une nécessité. Ce pays, pendant des années, a cru qu’on pouvait être un pays sans usines. On a vu ce que cela a donné au moment du Covid. Tous les Français, aujourd’hui, considèrent que l’industrie est un élément essentiel pour notre pays. Il y a des entreprises comme Michelin qui traversent des moments difficiles. Rappelons-nous d’où nous venons. Entre 2005 et 2015, il y a eu plus d’un million d’emplois industriels qui ont été détruits dans ce pays. Entre 2018 et 2024, nous avons recréé 180 000 emplois industriels. On a stoppé la désindustrialisation. Maintenant, il faut continuer.Quand un groupe aussi performant que Michelin estime ne plus pouvoir produire certaines activités en France, est-ce que ce n’est pas la preuve que nous avons un problème structurel de compétitivité ?Ce n’est pas un sujet de compétitivité. [Mardi 9 juin], l’INSEE a corrigé ses erreurs. Je suis un peu en colère, honnêtement, d’ailleurs au passage, parce que cela fait plusieurs fois que l’INSEE corrige ses erreurs et a corrigé ses erreurs sur la compétitivité de la France en rappelant que finalement, on était dans la moyenne européenne en matière de compétitivité et notamment la qualité de notre main-d’œuvre. Michelin traverse une difficulté et c’est là où l’action européenne est absolument indispensable. Il traverse une difficulté parce que la Chine continue d’importer en Europe des produits avec des coûts qui sont inférieurs aux coûts de la matière, y compris dans les pneumatiques. Depuis que je suis arrivé, il y a 16 mesures de protection au niveau européen qui ont été engagées et parmi celles-ci, dans les pneumatiques, il y a des mesures qui vont arriver.Je vais prendre un autre exemple : Duralex, qui est aussi le symbole du patrimoine industriel français, est à nouveau confronté à des difficultés financières. L’État a déjà accompagné l’entreprise, êtes-vous prêt à intervenir à nouveau ?En ce moment, sur Duralex, nous sommes en train de regarder quelles sont les raisons qui amènent à la situation que nous connaissons aujourd’hui. Donc, je ne veux pas tirer les conséquences avant d’avoir toutes les réponses.Cela avait été repris par les salariés, c’était sous forme de coopérative.L’affaire Duralex, cela montre quoi ? Le sujet n’est pas de savoir si on fait une SCOP, une SA. Le sujet, c’est : a-t-on une vision industrielle de ce que l’on veut faire ? Avons-nous une équipe dirigeante qui a envie de porter cela ? Avons-nous un business plan qui est capable de porter une entreprise ? Ce n’est pas SCOP et SA ou autre chose qui sauvent une boîte. C’est d’avoir des clients et d’avoir un business plan.Cliquez sur la vidéo pour regarder l'entretien en intégralité