Publié le 08/06/2026 22:15
Mis à jour le 08/06/2026 22:27
Temps de lecture : 2min - vidéo : 5min
À la croisée de la médecine et de la justice, les unités médico-judiciaires jouent un rôle clé dans la prise en charge des victimes de violences. Examens, prélèvements, évaluations psychologiques, leur travail permet de recueillir des preuves essentielles pour les enquêtes et les procès, mais aussi pour accompagner les victimes.
Ce texte correspond à une partie de la retranscription du reportage ci-dessus. Cliquez sur la vidéo pour la regarder dans son intégralité.C'est un service au cœur de l'hôpital où les médecins mènent chaque jour de véritables enquêtes. Leurs patientes sont toutes des victimes. Ils vont les examiner afin de fournir à la justice la preuve des violences qu'elles ont subies. Exceptionnellement, nous avons pu filmer ces consultations essentielles pour les procès à venir.À 17 ans, Théa commence sa vie amoureuse sous les coups, frappée pendant des mois par son ex-petite amie. "Quand tu dis qu'elle t'étranglait, tu peux me montrer comment elle a fait ?", lui demande le docteur Julie Gauthier, médecin légiste de l'Unité médico-judiciaire de l'Hôpital Jean-Verdier (AP-HP) de Bondy (Seine-Saint-Denis). La médecin cherche tout indice, tout signe de violence. Son compte rendu confidentiel va être envoyé au magistrat. Première étape pour l'adolescente traumatisée. "Les jeunes personnes ne devraient pas vivre ça. C'est assez traumatisant ce que j'ai vécu avec les coups. J'y repense souvent", confie-t-elle.Ici, 8 000 victimes sont examinées chaque année, dont un quart de mineurs. Mais dans ce même lieu, juste derrière la cloison, on croise aussi les auteurs de violences. Un homme est en garde à vue depuis le matin, mais il dit avoir des problèmes de santé. "J'ai fait un bandage avec un burn-out avec un AVC. J'ai perdu l'articulation et je fais des malaises", assure-t-il. Après examens, le médecin décide qu'il ne peut pas passer la nuit au commissariat. Une lourde responsabilité, laisser sortir ou pas un homme soupçonné de violence. "On est à la fois le médecin de la violence, on est à la fois le médecin des victimes. Le diagnostic, ou en tout cas notre avis objectif, va bien sûr avoir un rôle important dans la procédure", détaille le docteur Laetitia Lasne, cheffe de l'Unité médico-judiciaire à l'Hôpital Jean-Verdier (AP-HP) de Bondy.En France, moins d'une victime sur dix dépose plainte, car elles ont souvent besoin de temps pour franchir les portes d'un commissariat. C'est pourquoi cette unité médico-judiciaire est l'une des rares à recueillir des preuves, même sans dépôt de plainte. "Là, par exemple, on a des écouvillonnages au niveau de la peau pour rechercher de la salive, au niveau vaginal pour rechercher du sperme, donc de l'ADN", indique Laetitia Lasne. Les échantillons sont conservés trois ans. "Si la victime qui n'a pas déposé plainte au départ souhaite le faire trois jours, trois semaines, trois mois ou trois ans après les faits, elle a toujours la possibilité de faire valoir les preuves matérielles qui ont été prélevées au moment où les faits se sont produits", souligne-t-elle.Autre preuve prise en compte par la justice, la souffrance psychologique. Delphine Audebert, psychologue à l'Unité médico-judiciaire de l'Hôpital Jean-Verdier (AP-HP) de Bondy évalue le traumatisme de Mathilde après le viol dont elle a été victime. L'agression a eu lieu après une fête en plein cœur de Paris. Son agresseur, lui, n'est toujours pas inquiété. Après une heure d'entretien, l'espoir. "Ça, c'est des pièces de procédure. Ça veut dire qu'elles vont peut-être permettre à la procédure de s'accélérer", lui annonce Delphine Audebert. Un service médical pour mieux rendre justice. En France, plus de 600 000 femmes sont victimes chaque année de violences sexuelles ou conjugales.UMJ Jean-Verdier de BondyChiffres des violences faites aux femmesViolences faites aux enfantsListe non exhaustive.









