Publié le 11/06/2026 16:46
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Parce que les enfants agressés sexuellement ont souvent du mal à se confier à un policier, certains commissariats installent une salle d'audition spécifiquement conçue pour les aider à témoigner. A Besançon, "Envoyé spécial" a pu suivre le travail de la Brigade de protection de la famille dans la toute nouvelle "salle Mélanie".
Comment recueillir la parole des jeunes victimes d'agression sexuelle, qui n'ont pas toujours les mots pour nommer ou décrire les actes qu'elles ont subis ? Que faire pour faciliter une confidence souvent difficile à formuler devant un policier, dans un commissariat impersonnel ? A Besançon (Doubs), les enquêteurs sont maintenant équipés d'un nouvel outil : la "salle Mélanie", attendue depuis des années et enfin installée. Sur le territoire français, plus de 500 commissariats, gendarmeries et hôpitaux en sont dotés. "Envoyé spécial" a pu suivre le travail de la Brigade de protection de la famille.La "salle Mélanie" est une petite pièce chaleureuse, avec une décoration colorée comme une chambre d'enfant et des accessoires (notamment une maison de poupées) pour aider les petites victimes à raconter une sexualité imposée, dont elles ignorent tout. Chaque audition est entièrement filmée afin que rien des réactions de l'enfant, ni geste ni mimique, n'échappe aux enquêteurs, et pour lui éviter d'avoir à renouveler un récit pénible. Dans le bureau voisin, une glace sans tain permet à un second policier d'assister à la scène, dont il consigne tous les détails. "Envoyé spécial" a pu filmer plusieurs de ces auditions. Dans cet extrait, voici celle de Jules. Après un signalement de sa maman (le petit garçon lui a rapporté ce qui pourrait être des fellations imposées par un jeune voisin de 14 ans), il va être entendu par les enquêteurs en charge des mineurs. Martine, l'une des enquêtrices, l'installe dans la "salle Mélanie". L'enfant sait qu'il est là "parce que quelqu'un a fait une grosse bêtise" mais il ne sait pas "comment le dire", parce qu'il n'a "pas les mots", et probablement aussi par honte, suppose Martine. "Au bout d'un moment, constate l'enquêtrice, on tourne en rond. On ne peut pas lui dire les mots 'viol' ou 'agression sexuelle'. On essaie de lui faire dire, ou qu'il nous montre ce qui lui est arrivé, sans l'influencer. C'est un défi."Face au mutisme de Jules, l'enquêtrice va devoir trouver une solution. Deux poupées de chiffon sur une étagère de la salle Mélanie vont la lui apporter. L'une symbolisera Jules, l'autre son voisin. "Est-ce que tu peux me montrer ce que lui, il a voulu que toi, tu fasses ?" questionne Martine. Aussitôt, le petit garçon place "Jules" de façon à ce qu'il touche "le zizi" de la seconde poupée "avec [s]a bouche", ce qui se serait produit "une dizaine" de fois.Martine s'absente alors quelques minutes dans le bureau voisin, d'où sa collègue Stéphanie assiste à l'audition. Les poupées ont permis un grand progrès, mais il faudra encore faire préciser au petit garçon ce qu'il entend par "bouche", lui rappelle cette dernière : les lèvres, la langue, l'intérieur de la bouche ? Par exemple, en utilisant un crayon ("On peut imaginer que c'est le zizi. Comment il l'a mis vers ta bouche ?").Au retour de Martine dans la "salle Mélanie", c'est un objet trouvé dans la maison de poupées qui fournira cette précision. "Il avait un jouet dans la main, il a ouvert la bouche, il l'a mis dans la bouche, donc on a compris exactement ce qui s'était passé", raconte l'enquêtrice. Sans lui dire "Il a mis le zizi dans ta bouche ?", sans influencer son témoignage, "on y est arrivé : on sait que ça s'est passé".Extrait de "Comment protéger la parole des enfants ?", à revoir dans "Envoyé spécial" le 11 juin 2026.> Les replays des magazines d'info de France Télévisions sont disponibles sur le site de Franceinfo, rubrique "Les émissions".








