Publié le 07/06/2026 21:20
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À une semaine de la Coupe du Monde, Guadalajara tente d'afficher un visage rassurant. Mais derrière les dispositifs de sécurité exceptionnels, la violence des cartels reste omniprésente. Entre disparitions, extorsions et fusillades, habitants et autorités redoutent qu'une nouvelle flambée de violence ne vienne gâcher la fête.
Ce texte correspond à une partie de la retranscription de l'interview ci-dessus. Cliquez sur la vidéo pour la regarder dans son intégralité.À Guadalajara, troisième plus grande ville du Mexique, le compte à rebours pour la Coupe du Monde est lancé. Mais pour l'instant, il y a plus de forces de l'ordre lourdement armées que de supporters. La police sait que la situation peut dégénérer à tout instant. "Il peut y avoir des embuscades. Ici, on est à la mitrailleuse. On reste en permanence en hauteur pour pouvoir réagir très vite", raconte un membre des forces de l'ordre.Et près de la fan zone, à l'affiche, ce ne sont pas les joueurs, mais des milliers de portés disparus, rhabillés pour l'occasion en tenue de foot. Tous sont des victimes des cartels de la drogue. Les premiers touristes à arriver sont interloqués. "Les voir comme ça avec le maillot de l'équipe du Mexique, c'est très choquant", confie un passant. Sa femme ajoute : "Surtout que certains sont des enfants ou des adolescents. On se rend compte que c'est un endroit dangereux ici."Des affiches pour que personne n'oublie que c'est bien au pays des narcotrafiquants que se déroule une partie de cette Coupe du Monde. Car le cartel de Jalisco Nouvelle Génération gangrène la ville et ses environs. En février 2026, le chef El Mencho a été tué par les autorités avec l'aide des États-Unis. La région s'est embrasée. Images saisissantes d'habitants obligés de se cacher pour éviter une balle perdue et de touristes contraints de s'enfuir. Depuis, le cartel a un nouveau patron. Le trafic a repris comme si de rien n'était. La situation s'est apaisée, du moins en apparence. Pas un jour ne passe sans qu'il y ait une nouvelle fusillade.Alberto Mariscal, journaliste, couvre les scènes de crime au quotidien depuis 15 ans. Il vient de recevoir une alerte. Un commerçant a été tué en pleine rue, devant sa boutique. "C'était un homme d'une trentaine d'années. Deux personnes sont arrivées en moto et lui ont tiré en pleine tête avant de s'enfuir", commente le reporter. À l'approche de la Coupe du Monde, il observe quand même une certaine accalmie, une accalmie très fragile. Il témoigne : "On a l'impression que le gouvernement et les cartels ont fait une sorte de pacte. Les organisations criminelles ont aussi intérêt à ce que le Mondial se passe bien pour leurs intérêts économiques. On sait qu'ils ont la mainmise sur quasiment tout."Car au Mexique, les organisations criminelles ne se limitent pas au trafic de drogue. Elles ont infiltré tous les secteurs. Les cartels sont considérés comme le cinquième employeur du pays. Entre extorsion et sociétés écrans, ils comptent bien profiter de la Coupe du Monde pour s'enrichir encore davantage. Très peu osent parler, car témoigner, c'est se mettre une cible dans le dos. Mais une employée d'agence de tourisme a accepté de nous raconter au téléphone son quotidien : "Quand tu es touriste, tu ne t'en rends pas compte. Mais nous, entreprises, on doit les payer de façon discrète. Une petite somme par touriste accueilli. Ils appellent ça la contribution. Si tu ne le fais pas, d'abord ils t'enlèvent et te passent à tabac. Et là, si tu ne coopères pas, ça devient beaucoup plus grave. Ils nous tuent."Les cartels règnent par la peur. Au moins 132 000 disparus au Mexique et la région de Jalisco est l'une des plus touchées. Plusieurs charniers ont été découverts autour du stade où auront lieu quatre matchs du Mondial. Ce jour-là, dans un champ en périphérie de la ville, des pères et mères de famille cherchent leurs proches, creusent à la pelleteuse ou à la main, inlassablement. "Mon fils a été enlevé par des policiers véreux et des membres du cartel il y a cinq ans. Depuis, il est introuvable", confie Hector Flores, père de Daniel Flores, porté disparu. Teresa Corona Navarro, mère de Hector Adrian Corona, porté disparu, partage : "Mon fils adorait le foot. J'aimerais qu'il soit recherché par tous, comme si c'était un joueur important. Les autorités dépensent des millions et des millions pour les festivités de la Coupe du Monde. Mais elles ne pourraient pas nous donner un peu pour chercher nos enfants."Ce jour-là, seules quelques couvertures sont déterrées. À Guadalajara, la moindre étincelle peut faire de nouveau exploser la violence. Juan Gonzales, commissaire, tient à nous faire la démonstration qu'ils ont dépêché tous les moyens possibles. Des chiens robots avec des caméras à 360° pour détecter les explosifs ou encore des équipements pour contrer les drones de plus en plus utilisés par les cartels. "Avec ces fusils, on peut détecter, prendre le contrôle des drones et surtout trouver la position de la personne qui l'opère. On se prépare au scénario catastrophe à l'image de ce qui s'est passé en février. Ils sont imprévisibles, alors on est prêt à tout moment à activer le code rouge", précise le commissaire.10 000 forces de l'ordre sont déployées chaque jour dans la région pour éviter que la fête du foot ne soit gâchée et pour prouver au monde entier qu'ils sont capables de garantir la sécurité des touristes, malgré la présence des cartels.














