Cet article vous est offert Pour lire gratuitement cet article réservé aux abonnés, connectez-vous Se connecter Vous n'êtes pas inscrit sur Le Monde ? Inscrivez-vous gratuitement Agnès Dherbeys/Myop M le mag M le mag Les portfolios de M Les portfolios de M Les portfolios de M Par Guillaume Delacroix Publié aujourd’hui à 18h00 Article réservé aux abonnés ReportageAux prémices de la guerre froide, entre 1948 et 1949, de 14 000 à 30 000 personnes accusées de communisme ont été tuées par le gouvernement sud-coréen, proaméricain, sur l’île de Jeju. La photojournaliste Agnès Dherbeys est partie en janvier sur cette terre isolée, à la recherche des traces d’une tragédie longtemps tue. Une douleur incommensurable exhale de l’île sud-coréenne de Jeju. Dans des paysages volcaniques, où l’énergie tellurique affleure et le minéral se joue des éléments, le vent, l’océan, des hommes et des femmes témoignent du massacre perpétré il y aura bientôt quatre-vingts ans. Entre avril 1948 et août 1949, la révolte locale contre le gouvernement soutenu par les Etats-Unis et les forces de sécurités accusées d’avoir collaboré avec l’ancien occupant japonais a été sévèrement réprimée. La guerre froide n’en était qu’à ses débuts, mais sur cette terre isolée de 73 kilomètres sur 31, à presque équidistance de la Chine, du Japon et de la péninsule coréenne, la chasse aux sorcières contre tout individu soupçonné de communisme, adultes comme enfants, conduisit à l’incendie de villages entiers, à l’emprisonnement de milliers d’habitants et à la mort d’au moins 14 000 à 30 000 personnes. Le bilan n’a jamais été établi. Jusqu’au milieu des années 1990, le drame était totalement tabou. La Corée du Sud est demeurée dans l’impossibilité de mener un travail de mémoire. « Je n’avais que 17 mois » « Nous n’avons eu aucun moyen de défendre les personnes qui ont été tuées et les femmes qui ont été violées. Nous avons dû nous taire à cause de la dictature » qui prendra place dans les années 1960, explique Tae-young Oh, un survivant. « Je n’avais que 17 mois. J’étais sur le dos de ma mère lorsqu’elle a été tuée. J’ai été touché par trois balles : aux deux bras et à la poitrine. Je suis devenu orphelin ce jour-là », raconte In-kwon Oh, autre rescapé qu’a rencontré sur place Agnès Dherbeys, en janvier 2026. Il vous reste 61.1% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.
En Corée du Sud, sur « l’île des amoureux », la photojournaliste Agnès Dherbeys capte les stigmates d’un massacre
Aux prémices de la guerre froide, entre 1948 et 1949, de 14 000 à 30 000 personnes accusées de communisme ont été tuées par le gouvernement sud-coréen, proaméricain, sur l’île de Jeju. La photojournaliste Agnès Dherbeys est partie en janvier sur cette terre isolée, à la recherche des traces d’une tragédie longtemps tue.








