Publié le 05/06/2026 20:51

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Des milliers d'euros transitent chaque jour sur les comptes de particuliers recrutés par des escrocs. Manipulées ou complices, ces "mules bancaires" sont devenues un maillon essentiel des réseaux de blanchiment d'argent. Une pratique en plein essor que les banques tentent désormais de combattre.

Ce texte correspond à une partie de la retranscription du reportage ci-dessus. Cliquez sur la vidéo pour la regarder dans son intégralité.Des virements par dizaines, à 4 ou 5 chiffres. Pendant des semaines, elle a fait transiter de l'argent sur ses comptes. "3000 euros, je les renvoie à 1000 euros, que je renvoie de nouveau à 1000 euros, je renvoie. Et sur le même mois, il y a 72 971 euros qui sont rentrés et 72 971 euros qui sont sortis", confie la jeune femme.Celle que nous appellerons Sophie dit avoir été piégée par un escroc. Un cybercriminel lui fait croire qu'elle place de l'argent sur une plateforme d'investissement en ligne. Pour récupérer ses intérêts, il lui demande ensuite de faire transiter l'argent d'autres investisseurs via son compte, jusqu'à une plateforme. En réalité, il s'agit de l'argent de victimes qu'elle transfère au cybercriminel.Sophie devient alors une mule bancaire, une personne par qui l'argent sale transite. Elle affirme avoir été manipulée, comme elle en témoigne : "Il y avait aussi un discours qui valorisait quelque part en disant : toi, tu y arrives, t'es forte, intelligente, fais ça très vite, donc c'est pour ça que je te le demande. En gros, c'était un honneur. Et en fait, psychologiquement, on est vraiment marabouté." Au total, elle aurait permis de dissimuler la provenance de 130 000 euros acquis illégalement. Sur les conseils du cybercriminel, elle affirme avoir ouvert des comptes dans des banques en ligne. C'est entre autres avec les néobanques que les réseaux de blanchiment d'argent s'organisent.Ils publient même des offres sur les réseaux sociaux. Pour les infiltrer, nous créons un faux profil. En quelques jours, nous échangeons avec des dizaines de personnes qui recherchent des mules bancaires. L'une d'elles nous répond : "J'effectue un virement instantané sur ton compte si tu as une banque en ligne. On fait ensuite un partage à 50-50. C'est simple, rapide et ça nous aide tous les deux. C'est légal et sans risque."Il nous demande même de payer des frais pour participer à cette escroquerie. Par exemple, si nous payons 20 euros, nous pourrions recevoir 800. Mais quand nous demandons plus de précisions..."Je dois l'argent à qui ?", lui demandons-nous. "Écoute-moi, tu veux payer les frais, oui ou non ?", nous répond-il. Nous relançons : "Je veux être sûr que c'est fiable." Pour finalement recevoir : "Frère, tu es bête ou quoi ?" L'interlocuteur nous bloque.Les virements frauduleux se multiplient ces dernières années. Alors, les banques ont décidé d'agir. Nickel, par exemple, traque les virements de ses clients grâce à un algorithme de plus en plus perfectionné. "Là, on voit notre client. Là, on peut voir les interactions qu'il a eues avec d'autres clients. C'est-à-dire qu'il a envoyé de l'argent vers cette personne-là. Et donc, on voit qui sont les personnes avec qui il a pu interagir. Ça nous permet notamment d'identifier des contreparties qui pourraient être suspectes", précise Barbara Delecourt, responsable de la lutte contre la fraude chez Nickel.Dans ces réseaux tentaculaires, les mules sont les plus faciles à identifier. Alors, le risque repose principalement sur elles, rappelle Me Bertrand Loue, avocat en droit pénal financier : "On peut être déclaré responsable de l'escroquerie qui est réalisée ou du blanchiment d'argent. Il peut y avoir des préjudices. On le voit très souvent à 100 000, 1 million d'euros, 2 millions d'euros. Et si vous êtes la seule personne attrapée, la personne victime pourra aller se retourner contre vous. Donc c'est un vrai danger."Pour escroquerie en bande organisée, une mule bancaire encourt jusqu'à 10 ans d'emprisonnement et 1 million d'euros d'amende.