Publié le 05/06/2026 15:40

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"Envoyé spécial" a obtenu des témoignages rares : dans cet extrait, le propriétaire de plusieurs supérettes et son comptable dévoilent comment ils utilisent des petits commerces pour blanchir l'argent issu du trafic de drogue.

Ongleries, kebabs, épiceries, barbiers... et parfois plutôt "blanchisseries". Certaines de ces boutiques, partout en France, sont devenues des machines à blanchir l’argent de la drogue. Après plusieurs semaines de négociations, Alex, un propriétaire de supérettes, a accepté de dévoiler ses techniques à "Envoyé spécial". Voici comment il maquille les sommes récoltées sur la dizaine de points de deal que gérerait, dit-il, sa fratrie depuis trois générations. D'après lui, elles représenteraient plusieurs dizaines de milliers d'euros chaque mois.Avec de l'argent liquide issu de ce trafic, Alex se rend chez un grossiste, ce jour-là pour faire le plein de sodas. Il ne se sert pas dans les grandes surfaces, explique-t-il, mais chez des fournisseurs selon lui peu regardants sur les paiements en espèces : les patrons le connaissent et seraient d'accord pour lui rendre de "petits services". Pour son achat de boissons, il demande à la vendeuse de lui tamponner une facture vierge (rappelons que faire une fausse facture est passible de 3 ans de prison et 45 000 euros d'amende). Il en gonflera ensuite le montant, de façon à blanchir l'argent du trafic.Alex n'a acheté que 200 euros de marchandises, mais il en déclare 600 sur sa fausse facture. Les 400 euros manquants sont de l'argent "sale", qu'il dit mettre directement dans sa caisse. Cette somme, correspondant à des ventes fictives auprès de clients qui n'existent pas, entrera dans le chiffre d'affaires de l'un de ses magasins, et l'argent de la drogue sera ainsi blanchi. Le blanchisseur peut répéter l'opération plusieurs fois par semaine, parfois avec des montants bien plus importants.Pour que ce système, simple mais efficace, ne soit pas détecté, Alex s'appuie sur un complice essentiel : celui qui sait manipuler les chiffres, le comptable du réseau. C'est le petit dernier de la fratrie, Kader, 19 ans. Inscrit en BTS de commerce, il est le seul de sa famille à faire des études supérieures. Un autre de ses grands frères organiserait le business... depuis sa cellule de prison, où il aurait réussi à faire entrer un téléphone portable.Sur les 30 000 euros de départ, correspondant aux bénéfices du mois récoltés sur le terrain, selon Kader, les trafiquants garderaient 70%. Soit 21 000 euros pour maintenir le train de vie de la famille et racheter des stupéfiants pour leurs points de deal. La paie des "bosseurs" (guetteurs, petits dealers et collecteurs) représenterait une enveloppe de 5 000 euros. Les 4 000 euros restants seraient destinés aux futures commandes de denrées pour les épiceries et les sandwicheries qui appartiennent à sa famille.Pour recycler les bénéfices issus du trafic de drogue, la famille de Kader utiliserait deux méthodes. D'abord, pour les dépenses de la vie courante, ils piocheraient directement du cash sur leurs points de deal. Mais la majorité de leurs revenus viendrait de leurs nombreuses sandwicheries, dont ils gonflent illégalement les bénéfices en blanchissant l'argent de la drogue.Extrait de "Drogue : ces commerces qui blanchissent", un reportage diffusé dans "Envoyé spécial" le 4 juin 2026.> Les replays des magazines d'info de France Télévisions sont disponibles sur le site de Franceinfo, rubrique "Les émissions".