La longue léthargie européenne à propos de ses multiples dépendances vis-à-vis de la Chine et des Etats-Unis semble s’achever. Au moins dans l’intention. Après un projet de loi, présenté en mars, visant à promouvoir le « made in Europe » sur le plan industriel, la Commission européenne a dévoilé, mercredi 3 juin, un paquet législatif pour conquérir sa souveraineté dans le secteur du numérique.

Depuis des décennies, l’Europe consomme des technologies qu’elle ne produit pas, stocke ses données sur des serveurs qu’elle ne contrôle pas et fait fonctionner ses administrations en achetant des logiciels dont elle ne fixe pas les règles. Cette dépendance n’est pas qu’économique, elle est aussi stratégique. Les Vingt-Sept sont exposés à des ruptures d’approvisionnement, à des vulnérabilités en matière de cybersécurité et à des formes de pression géopolitique de plus en plus explicites, dans un contexte de rivalités sino-américaines exacerbées.

Face à ces menaces, la tentation du statu quo, de peur de se voir appliquer des mesures de rétorsion, est une impasse. La guerre commerciale enclenchée par Donald Trump le démontre. Tandis que l’Europe a consenti à des droits de douane unilatéraux pour éviter la confrontation, l’administration américaine s’inscrit dans une surenchère perpétuelle, comme en témoignent les nouvelles menaces pour taxer les exportations européennes sous le prétexte que l’Union européenne (UE) encourage le travail forcé. La complaisance n’achète pas la paix, elle entretient le chantage.