Cet article vous est offert Pour lire gratuitement cet article réservé aux abonnés, connectez-vous Se connecter Vous n'êtes pas inscrit sur Le Monde ? Inscrivez-vous gratuitement Débats Débats Débats Iran Iran Iran La chercheuse Marie Durrieu décrypte, dans un entretien au « Monde », le rôle central que joue le rabaissement d’un adversaire dans les relations internationales. Article réservé aux abonnés Marie Durrieu est l’autrice de Du conflit israélo-palestinien au nucléaire iranien. L’humiliation, la variable oubliée des négociations (L’Harmattan, 2021). Doctorante à l’Institut de recherche stratégique de l’Ecole militaire et enseignante en relations internationales à Sciences Po, elle doit soutenir en septembre sa thèse, intitulée « Une étude empirique de l’humiliation : ses manifestations, modus operandi et usages stratégiques ». « Une nation entière [les Etats-Unis] est humiliée par les dirigeants iraniens », a déclaré le chancelier allemand, Friedrich Merz, le 27 avril, faisant vivement réagir le président américain, Donald Trump. L’humiliation est-elle un paramètre central des relations Iran - Etats-Unis ? Oui. La prise d’otages à l’ambassade américaine de Téhéran, en 1979, puis la tentative de sauvetage ratée, en 1980, ont blessé durablement l’orgueil des Etats-Unis. Le fait que, depuis des années, la première puissance mondiale cherche sans succès à faire plier l’Iran accentue cette humiliation. A l’inverse, la contribution américaine au renversement du premier ministre Mohammad Mossadegh en 1953 a été une humiliation fondatrice pour l’Iran, qui voyait sa souveraineté piétinée. Depuis 1979 et la naissance de la République islamique, les Etats-Unis ont multiplié les attaques, vécues comme des affronts par le régime : sanctions économiques, assassinat du général Ghassem Soleimani en 2020, puis du Guide suprême Ali Khamenei en 2026… Le 7 avril, Donald Trump a même menacé l’Iran de détruire une « civilisation entière ». La guerre actuelle entre les deux pays, qui a débuté le 28 février, est – en partie – la résultante de ces décennies d’humiliations réciproques. Celles-ci compliquent aujourd’hui la sortie de crise, car les deux pays tiennent à garder la face… Pourquoi vous êtes-vous intéressée à l’humiliation ? Qu’apporte cette grille de lecture à l’analyse des relations internationales ? En science politique et dans les études internationales, les émotions, que l’on oppose habituellement à la rationalité, ont souvent été écartées. Le politiste Philippe Braud, dans L’Emotion en politique (Presses de Sciences Po, 1996), soutenait pourtant qu’il est difficile d’imaginer des interactions sociales sans dimension émotionnelle, et précisait que « l’univers politique ne saurait échapper à la puissance de ces phénomènes ». En outre, l’humiliation n’est pas une émotion parmi d’autres : elle inonde le lexique de la presse depuis les années 2000. Il vous reste 60.24% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.