Un thriller carcéral sous tension, la Seconde Guerre mondiale, de la musique dans les collines, du porno en famille… La semaine ciné s’annonce éclectique. On a tout vu, et voici ce qu’on en pense. 1. "Wasteman", de Cal McMau★★★★★De quoi ça parle? Après treize ans de prison, un détenu qui aspire à retrouver sa liberté et son rôle de père voit ses plans menacés par son nouveau compagnon de cellule, qui l’entraîne dans une spirale de violence.Notre avis: Avec deux interprètes intenses et ultra-nuancés (Tom Blyth et David Jonsson) ainsi qu’une tension palpable, le film parvient à renouveler le film carcéral. Et rien que pour ça, chapeau! Suspense au cordeau, mise en scène chirurgicale, enjeux implacables: voilà une œuvre qui rappelle à quel point le cinéma peut encore être une expérience physique. À déconseiller aux âmes sensibles, cela dit, mais les autres, foncez."Wasteman", de Cal McMau2. "La Bataille de Gaulle: L’âge de fer", d’Antonin Baudry★★★☆☆De quoi ça parle? En juin 1940, alors que la France s’effondre, un général rejoint Londres pour tenter de rallumer la flamme de la résistance et convaincre que la guerre contre l’occupant ne fait que commencer.Notre avis: Simon Abkarian est convaincant, c'est indéniable, il habite le général de Gaulle avec aisance et porte ce premier volet du diptyque sur ses épaules. Mais il méritait mieux. Car, pour le reste, on est davantage dans un téléfilm haut de gamme que dans du grand cinéma. Pas désagréable, certes. Il y a d’ailleurs quelques séquences impressionnantes et son récit remplit honnêtement sa mission pédagogique. Mais cette matière-là nécessitait un traitement plus sombre, plus rugueux, plus viscéral. En espérant que la suite relève un peu le niveau. "La Bataille de Gaulle: L’âge de fer", d’Antonin Baudry3. "À bras-le-corps" ("Silent Rebellion"), de Marie-Elsa Sgualdo★★★★☆De quoi ça parle? Dans une communauté protestante étouffante, Emma, une adolescente tombée enceinte après un viol, choisit de se battre pour sa dignité et sa liberté.Notre avis: Les années 1940 pour parler du patriarcat et des injonctions faites aux femmes aujourd'hui? L’idée est risquée, et Marie Elsa Sgualdo, à la réalisation de son premier long, s'en sort brillamment. Le film est d'une modernité saisissante, le propos ne prend pas une ride. Mais la vraie révélation, c'est la jeune Lila Gueneau. Juste, nuancée, intense, elle porte ce rôle complexe et combatif avec une maîtrise bluffante. À ne pas manquer."À bras-le-corps" ("Silent Rebellion"), de Marie-Elsa Sgualdo 4. "Truly Naked", de Muriel d’Ansembourg★★★★☆De quoi ça parle? Pour Alec, adolescent vivant seul avec son père acteur de films porno, la frontière entre désir et pornographie devient floue, surtout lorsqu’il se rapproche d’une camarade de classe.Notre avis: Aborder la sexualité d’une jeune génération à travers le prisme du porno, c’est le pari que relève la réalisatrice néerlandaise Muriel d’Ambembourg avec ce film sans concession. Dès la première scène, le ton est d’ailleurs donné. Mais, derrière cette omniprésence de sexe parfois hardcore se cache avant tout une histoire de liens père-fils contrariés, ainsi qu’un récit touchant autour d’un amour naissant. Un film réussi, qui dit beaucoup de notre perception de la sexualité."Truly Naked", de Muriel d’Ansembourg5. "Le Garçon qui faisait danser les collines" ("DJ Ahmet"), de Georgi M. Unkovski ★★★★☆De quoi ça parle? Lorsqu’un jeune berger macédonien de 15 ans découvre une rave illégale, il s’ouvre à un monde nouveau et tente, entre musique, danse et premier amour contrarié, de s’affranchir d’un environnement conservateur.Notre avis: Un vent frais venu de Macédoine du Nord, et qui fait le plus grand bien. Le film nous embarque très vite grâce à son jeune protagoniste attachant dont la détermination finit par être communicative. C'est bouleversant, plein d'énergie, et la musique porte tout ça avec entrain. Mais ce coming-of-age, qui dépasse largement les collines où il se déroule, apporte une nouvelle vision d’un cinéma d’auteur et mérite amplement une reconnaissance internationale. Une très belle surprise, donc."Le Garçon qui faisait danser les collines" ("DJ Ahmet"), de Georgi M. Unkovski 6. "Orphan", de László Nemes★☆☆☆De quoi ça parle? À Budapest, après le soulèvement de 1956, un jeune garçon élevé dans le mythe d’un père disparu voit ses certitudes s’effondrer lorsqu’un homme violent prétend être son véritable père.Notre avis: László Nemes filme ses terres de prédilection (la violence, les rapports de force) — et ça se voit. Trop, peut-être. Présenté à la Mostra de Venise en septembre dernier, son "Orphan", manque du souffle et de la singularité qui faisait la force du magnifique "Fils de Saul". Le film tourne un peu en rond, sans jamais atteindre la même intensité. Ce qui sauve surtout la mise, c’est Grégory Gadebois, impressionnant comme toujours, et qui parle hongrois pour l’occasion."Orphan", de László Nemes 7. "L’Objet du délit", d’Agnès Jaoui★☆☆☆☆De quoi ça parle? Dans les coulisses d’une production des "Noces de Figaro", une accusation d’agression sexuelle fait éclater des tensions et oblige l’ensemble de l’équipe à prendre position.Notre avis: Agnès Jaoui s'attaque au mouvement #MeToo et rate le coche. Son film est maladroit, parfois même franchement problématique. Là où on attendait nuance et finesse, on se retrouve avec un propos en décalage total avec son sujet, qui finit par se tirer une balle dans le pied. C'est d'autant plus frustrant que l’on connaît la Jaoui des grands jours – ses dialogues acérés, ses situations comiques bien senties. Mais ici, on a juste une impression gênante d'un cinéma qui passe à côté de son époque. "L’Objet du délit", d’Agnès JaouiInscrivez-vous à la newsletter Culture de L'EchoAbonnez-vous à notre newsletter hebdomadaire et retrouvez toute la culture que vous aimez à L'Echo: les rendez-vous incontournables dans tous les genres artistiques, racontés par 20 plumes enthousiastes et engagées, des entretiens avec de grands témoins qui éclairent notre époque.
"Wasteman", "La Bataille de Gaulle", "Truly Naked"... Les sorties ciné du 3 juin en 7 films et 7 critiques
Un thriller carcéral sous tension, la Seconde Guerre mondiale, de la musique dans les collines, du porno en famille… La semaine ciné s’annonce éclectique. On a tout vu, et voici ce qu’on en pense.












