Ce film de prison est une véritable bombe: acteurs survoltés, ambiances suantes, et suspense insoutenable, au service d’une vraie histoire toute suintante de pulsions de vie. Silence dans les rangs!Le résumé"Wasteman" est un film de prison électrique, claustrophobe et tendu jusqu’à l’asphyxie.Taylor (David Jonsson), libérable dans deux semaines, voit sa survie menacée par l’arrivée de Dee (Tom Blyth).Mise en scène immersive, violence sèche et acteurs en état de grâce: une vraie déflagration.Dans l’immense hall sur trois étages où les escaliers se croisent, les prisonniers vaquent tous à leur petite occupation du jour. Des groupes se forment, chaque phrase, chaque attitude, chaque tatouage montrent qui on est. Taylor, fébrile, yeux au sol, monte voir le chef, avec son nécessaire de toilette. Contre quelques pilules qui lui permettront de plâner en fin de journée, il effectue les gestes, au moyen des lames de rasoir interdites: le style et la hiérarchie tiennent ici aussi sur une coiffure au cordeau, bien dégagée au niveau de la nuque, histoire qu’on voie les tatoos qui en disent long.Puis Taylor rentre à sa cellule. Plus que deux semaines: ainsi en a décidé l’administration pénitentiaire. Des cas graves comme le sien vont pouvoir être réexaminés – il faut faire de la place et tous les prétextes sont bons. Taylor n’en revient pas: deux semaines, alors qu’il s’était préparé à passer ici encore bien des années? La vie lui donne une deuxième chance, il va enfin rencontrer son fils de 14 ans qu’il n’a jamais vu en vrai, lui qui est à l’intérieur depuis… 13 ans.Wasteman - Official TrailerVoici que surgit DeeEt puis voici que surgit Dee. Dee, 1,90 m, 85 kilos de muscle, même pas 30 ans. Dee sera son compagnon de cellule, n’est-ce pas formidable? Taylor ne sait que penser. Avec Dee, au début, c’est la belle vie. Très organisé, le jeune chef de gang apporte sa propre télé, sa playstation, ses bons petits plats. Mais rien n’est gratuit en ce bas monde. Et Taylor de constater que Dee compte aussi organiser tout le deal de cette aile de la prison. Pour Taylor, cette dernière semaine risque bien d’être la plus longue de toute sa vie.Le film de prison est un grand classique du cinéma. Le film de prison britannique constitue même un genre en soi ("Au nom du père", "Bronson", "Des poings contre les murs"…). Et celui-ci, vous n’êtes pas près de l’oublier. Ambiance claustrophobique à souhait, décors glauques qui donnent des sueurs froides, personnages à fleur de peau qui peuvent à tout moment exploser, jargon bien senti où chaque mot prononcé amène tout son lot de sous-entendus et de menaces…David Jonsson et Tom Blyth, un duo habité. ©RVFormat verticalIci, tout semble vrai, pris sur le vif, volé. Pour renforcer cette immersion non consentie, Cal McCau (dont c’est le premier film) alterne les formats d’images: la narration classique nous écrase par ses cadrages serrés, puis soudain on passe à une sorte de "found footage", format vertical du smartphone qu’un détenu viendrait de dégainer, pour documenter l’éruption inarrêtable.Le rythme alterne à merveille les moments de prostration (drogue, quotidien, tâches, chaleur, sieste, drogue, etc.) et les déchaînements soudains, dans une violence jamais gratuite, à couper le souffle.Sous cette esthétique "coup de poing", une vision des choses: cette prison où chacun est sous pression suite à l’acceptation d’un rôle à moitié choisi – c’est bien sûr notre société à bout de souffle qui est visée, où on subit sans cesse des pressions extérieures avec lesquelles on doit composer (travail, clan, rentrées d’argent), alors qu’on n’aspire en fait qu’à une certaine tranquillité d’esprit.David Jonsson donne à Taylor un mélange fascinant de démission et de pulsions soudaines. ©RVActeurs en état de grâceAu service de cette raclée bien méritée, une série d’acteurs parfois à peine reconnaissables. Le cinéma anglais fait ainsi la preuve de son inépuisable réservoir de talents: Tom Blyth campe un Dee plus vrai que nature, après avoir été un jeune premier bien plus propret dans le dernier «Hunger Games».Même constat pour David Jonsson, déjà vu dans "Industry", et qui donne à Taylor un mélange fascinant de démission de type "profil bas pour cause de survie", et de pulsions soudaines face à un avenir qu’il n’espérait plus, en mode "mon fils, ma bataille". Du grand art.Wasteman interview with Tom Blyth, David Jonsson, Cal McMau, Sophia Gibber
Critique de "Wasteman", un film de prison à couper le souffle
Ce film de prison est une véritable bombe: acteurs survoltés, ambiances suantes, et suspense insoutenable, au service d’une vraie histoire toute suintante de pulsions de vie. Silence dans les rangs!










