La pornographie a beau être accessible partout sur Internet, sa mise en scène au théâtre est pour le moins rare. Ne reculant devant rien, la metteuse en scène brésilienne Janaina Leite présentera sur une scène du Festival TransAmériques Historia do olho, ou Histoire de l’œil, à partir du roman de Georges Bataille.L’histoire met en scène un trio d’adolescents qui vivent une initiation sexuelle culminant dans des summums de perversion. Violence, mutilation, extrêmes sacrificiels sont au menu. Pour incarner ce conte sur scène, Janaina Leite collabore en grande partie avec des gens qui ont travaillé dans les domaines de la pornographie et/ou de la prostitution.Jointe au Brésil, où elle vit et travaille, la metteuse en scène rousse et souriante explique qu’elle conçoit l’œuvre de Bataille comme un conte de fées. « Il y a des châteaux, il y a des relations sur le plan cosmique avec le soleil et des planètes », relève-t-elle. Prudent, le Festival parle plutôt de « conte de fées porno noir ».

La relation de Janaina Leite avec Georges Bataille ne date pas d’hier. « J’ai fait mon postdoctorat à partir d’une revue qu’il a publiée dans les années 1930 avec des ethnographes. Il était très proche des gens d’anthropologie, parce qu’il était très intéressé à la dimension pratique de la relation entre la littérature et les corps, raconte-t-elle. Il s’intéressait à la dimension de la spiritualité et il faisait des expérimentations avec le psychédélique, avec la méditation. Il était aussi lié aux prostitués, aux gens de la rue. Alors, il avait un côté très incarné tout en étant proche des questions littéraires. D’ailleurs, il s’est éloigné des surréalistes, parce qu’il disait que c’était trop idéaliste, que c’était trop loin de la vie. »De son vivant, Georges Bataille n’a jamais admis la paternité d’Histoire de l’œil, publié en 1928 sous le pseudonyme de Lord Auch. On dit d’ailleurs qu’il conservait son œuvre érotique dans un « enfer », soit dans un lieu où l’on gardait les œuvres censurées, dont il détenait lui-même les clés. Le roman aurait été rédigé au dos de 170 fiches de lecteur de la Bibliothèque nationale, où Bataille était conservateur, au moment où il entreprenait une cure psychanalytique.L’aspect ethnographique du travail de Bataille a toujours fasciné Janaina Leite, qui a commencé à faire du travail documentaire avec des travailleurs du sexe durant la pandémie de COVID-19. Après avoir investi le théâtre documentaire, il lui tardait de revenir à une forme fictionnelle.