L’écrivain, éditeur, chanteur, musicien et pédagogue Stéphane-Albert Boulais est décédé chez lui le 1er juin. Figure singulière de la vie culturelle de l’Outaouais, il aura marqué plusieurs générations d’étudiants comme professeur de cinéma au Cégep de l’Outaouais, où il a enseigné pendant plus de trois décennies. Homme de lettres autant que de scène, il multipliait les projets avec une curiosité intellectuelle rare.Le grand public se souvient peut-être surtout de lui pour sa présence dans le film culte La Bête lumineuse de Pierre Perrault, où sa participation contribua à faire de cette œuvre l’un des documentaires les plus commentés du cinéma québécois.Cette rencontre avec Perrault marqua profondément son parcours intellectuel. Il consacra d’ailleurs ses recherches universitaires à l’œuvre du cinéaste. En 1983, un an après la sortie de La Bête lumineuse, Perrault proposa de nouveau à voir Boulais à l’écran dans Les voiles bas et en travers, un documentaire consacré à la découverte de Saint-Malo, autour de la figure de Jacques Cartier.Michel Coulombe, spécialiste de l’histoire du cinéma québécois, estime que Pierre Perrault « a fait de lui, et à jamais, un personnage comme il les aimait, dans La bête lumineuse », un documentaire que l’on peut revoir sur le site de l’ONF. Boulais était docteur en lettres françaises. Il avait d’ailleurs consacré une thèse à Perrault.« C’est vraiment quelqu’un d’important dans le cinéma à cause de Perrault », poursuite Michel Coulombe. « Il est une de ces figures bavardes, pleine de grandeur, un peu décalé avec son milieu, à la manière d’un Hauris Lalancette. »Ami et collègue de Boulais, l’écrivain Michel-Rémi Lafond rappelle qu’il a été un éditeur important en Outaouais. « Il avait d’abord fondé les Éditions de Lorraine, du nom de sa femme, puis il avait lancé les Écrits des Hautes-Terres. » Les deux maisons animées par Boulais sont aujourd’hui disparues.Né à Maniwaki en 1949, Stéphane-Albert Boulais appartenait à cette catégorie de créateurs difficiles à classer, qui passent librement de l’enseignement à la littérature, de la chanson au cinéma, de la réflexion savante à la parole populaire. En 2006, il avait publié Le Cinéma au Québec, un essai consacré à l’évolution du genre sur les rives du Saint-Laurent.Lauréat de plusieurs distinctions littéraires et artistiques, il demeurait pour beaucoup une véritable légende vivante de l’Outaouais, un passeur de culture dont l’influence dépassait largement le cadre de ses œuvres publiées, en partie en raison de sa présence dans le cinéma documentaire de Pierre Perrault.