Areski Belkacem s’est éteint à 86 ans, lundi 1er juin 2026. Il avait commencé sa carrière au côté de Jacques Higelin avant de rencontrer Brigitte Fontaine. Il est aussi l’auteur de trois albums solo. Areski Belkacem, portrait, auteur compositeur interprète chanteur, comparse de Brigitte Fontaine et Jacques Higelin, à Paris (France) le 26 octobre 2010 Vincent Gramain/Sipa Par Odile de Plas Publié le 02 juin 2026 à 09h01 Il était celui qui parlait peu mais qu’on entendait tout le temps. L’homme des musiques de Brigitte Fontaine, son compositeur principal, le réalisateur de leurs albums, en solo ou en duo, son partenaire au théâtre, son inséparable compagnon, son double, sa moitié. Areski Belkacem est mort, à 86 ans, lundi 1er juin 2026. Il laisse la chanson française en deuil, et Brigitte Fontaine évidemment inconsolable. Il était impossible de penser à l’un sans penser à l’autre. Impossible parce que ce couple était devenu une légende comme on n’en écrit plus, un duo dont la créativité semblait ne jamais pouvoir se tarir. En 2025, en plus d’un ultime album solo, Long Courrier, Areski avait même réédité l’un de leurs albums, Baraka, dont il n’aimait pas la première version enregistrée en 1980. Il l’avait fait avec l’aide de Benjamin Barouh, fils de Pierre Barouh, fondateur du célèbre label Saravah. Encore une longue histoire d’amitié, comme la vie d’Areski Belkacem en connut d’autres. La première, la grande, celle qui changea sa vie prend sa source à l’armée. La chose a de quoi étonner quand on songe à sa grande moustache et aux cheveux de baba cool qu’il a longtemps portés. Mais c’est bien sous les drapeaux, pendant son service militaire, qu’Areski Belkacem, dit « gonflos premier », « né un 23 janvier » à Versailles en 1940 de parents d’origine kabyle, rencontre un certain Jacques Joseph Higelin, dit « Crabouif », né un 18 octobre de la même année à Brou-sur-Chantereine. « J’étais tambour dans l’orchestre des Forces françaises en Allemagne. Jacques jouait de la guitare à la Django Reinhardt… Et il m’apprenait des combines de Gitans, c’est le grand Henri Crolla qui lui avait appris. On jouait au mess des officiers, dans une soirée où ils se rencontraient, buvaient des coups, dansaient… et nous, on draguait leurs femmes. » Trois carrières en germe dans un album Les deux anciens troufions musiciens se retrouvent par hasard à Paris, mais c’est un voyage à Marrakech qui scelle leur union musicale. Un premier album, radical, voit le jour en 1969 : Higelin & Areski. Ce n’est même pas du folk, mais du souffle, des doigts qui claquent sur une peau tendue, des clochettes, des boîtes à meuh, deux voix cassées qui chantent parfois à l’unisson : la captation sur le vif d’une complicité folle dans le grand vent libertaire des années 70 qui débutent. On y entend la fascination d’Areski pour la transe des gnawa, rencontré pendant leur séjour au Maroc, son art de l’improvisation rythmique appris pendant les soirées avec les musiciens algérois dans le restaurant familial. C’est la vie de bohème. Areski court les cachets dans les clubs de Saint-Germain, virevolte comme Jacques Higelin entre la musique et le théâtre. Sur la pochette d’Higelin & Areski, Belkacem pose avec la sagesse du débutant, chemise repassée, devant ses percussions. Brigitte Fontaine est dans un médaillon. Jacques Higelin l’a invitée car ils ont déjà chanté ensemble des Chansons d’avant le déluge, publiées chez Jacques Canetti, qui couve ses poulains. Il l’a aussi présentée à Areski pendant l’enregistrement de Remember, qui termine ce disque fascinant en ce qu’il contient beaucoup de la suite de leurs trois carrières. “Feux follets de la musique et des mots” De leur amitié naît Niok, une pièce de théâtre qu’ils joueront ensemble au Lucernaire. Areski et Fontaine ne se quittent plus. Il devient son compositeur attitré et son compagnon de scène dans des spectacles qui tiennent autant du théâtre que du concert et déroutent souvent l’auditoire. Leur collaboration débute avec l’enregistrement du troisième album de la chanteuse, Comme à la radio (1970), avec les jazzmen d’avant-garde de l’Art Ensemble Of Chicago. Areski est comme un poisson dans l’eau au milieu de cette effervescence expérimentale. Il y insuffle aussi une douceur mélodique que l’on retrouve régulièrement dans les grands titres qu’il compose pour Fontaine, telle Belle Abandonnée, en 1995, sur Genre Humain. À lire aussi : Brigitte Fontaine : “Je n’avais pas du tout prévu de chanter” Partagent-ils les idéaux politiques de Mai 68, le même goût de l’absurde ? Bien sûr, et à 30 ans, ils possèdent aussi l’un et l’autre une histoire qui donne à leur humour une noirceur ravageuse. C’est l’époque de C’est normal, où dans un immeuble en feu, un couple meurt d’excès de confiance, d’idiotie, mais surtout de pauvreté. Les disques s’enchaînent, plus ou moins accessibles, dans le havre de créativité qu’est la maison Saravah. En solo, Areski continue à explorer les chemins escarpés des musiques folk du monde entier. À deux, ils font souvent des merveilles, entrecroisant les mélopées bretonnes et berbères. La presse les adore. Dans Télérama, Jacques Marquis s’emballe pour leur double album, Vous et Nous, chef-d’œuvre commun paru en 1977… et chroniqué en mai 1978 : « Avec leurs petites voix douces, volontiers enfantines, qui semblent toujours sortir d‘un joli rêve, d‘un joli conte, ils disent, ils chantent, ils psalmodient une espèce de long poème à deux voix qui pourrait paraître improvisé tant il est spontané, drôle, chaleureux, fantasque, désarmant de fraîcheur et de sincérité. Brigitte Fontaine et Areski Belkacem, ce sont des feux follets de la musique et des mots. » Renaissance avec la techno Dans l’ombre, Areski s’épanouit, tandis que Brigitte prend la lumière. En était-il frustré ? Pas le moins du monde, répondait-il quand on l’interrogeait. Il n’avait pas non plus suivi son copain Higelin sur la voie du rock et du star-system. « Moi je m’en fous qu’on me reconnaisse dans la rue ! Je voulais devenir moi-même. Ce n’est pas pareil ! » Dans les années 80 où Bernard Tapie se met à la gym tonic, tandis que Jacques parade dans le nouveau palais omnisports de Paris Bercy, acclamé par une foule toujours plus grande, Areski reste dans les marges qu’il n’aimait pas plus que ça, jusqu’à traverser le désert musical. Le couple se consacre au théâtre, enregistre Baraka, qui ne plaît pas à Brigitte et encore moins au reste du monde. Leurs blagues n’ont pas changé (« J’aime bien les plantes vertes, mais y’a des limites » ), mais la révolution n’est plus à l’heure du jour. La renaissance arrive dans les années 90. En excellent percussionniste, Areski s’enthousiasme pour la vague électronique, la house et la techno où les rythmes sont rois et la transe recherchée. Réalisé par Etienne Daho, admirateur devenu ami fidèle du couple, et Arnold Turboust, Genre Humain (1995), à la production soudain musclée de toute part, leur apporte un succès inespéré grâce à La Femme à Barbe, composé par Jacques Higelin. Areski papillonne, entre la piste de danse (Dans la cuisine), et les rêveries nocturnes au piano (Belle Abandonnée). Dans l’album suivant, Les Palaces (1997), il ouvre le bal avec Ah que la vie est belle, où ses batteries électroniques font la danse du ventre, compose pour son fils Ali, né d’une précédente union, mais que Brigitte élève comme s’il était le sien. Il faudra attendre 2010, pour qu’il se lance à nouveau seul dans un album. Il a rasé sa barbe, sa moustache, porte le chapeau élégant, a des faux airs de François Morel aujourd’hui, et s’amuse comme toujours avec les mots. C’est le Triomphe de l’amour, léger, presque sans ironie. L’âge peut-être ? Le thème traversait Long courrier, son dernier album, publié in extremis, il y a un an tout juste. Il venait aussi de terminer la bande-son d’un spectacle musical et théâtral, Thalia Tchou, avec la comédienne Mounia Raoui. Dans le premier morceau de Long Courrier, intitulé Mon Pays, Areski chantait : « Je vous écris d’un pays / de couleurs, de saveurs, d’odeurs / où le gris c’est la vie aussi / je vous écris d’un pays / aux lueurs douces de l’étrange / de l’autre inconnu comme un ange. » Il s’y repose désormais. À lire aussi : Areski Belkacem est mort : souvenirs de notre ultime rencontre avec le fidèle compagnon de Brigitte Fontaine Musique Disparition Le magazine en format numérique Lire le magazine Les plus lus
Compositeur, musicien… Areski Belkacem, l’inséparable compagnon de Brigitte Fontaine, est mort
Areski Belkacem s’est éteint à 86 ans, lundi 1er juin 2026. Il avait commencé sa carrière au côté de Jacques Higelin avant de rencontrer Brigitte Fontaine. Il est aussi l’auteur de trois albums solo.










