Cet article vous est offert Pour lire gratuitement cet article réservé aux abonnés, connectez-vous Se connecter Vous n'êtes pas inscrit sur Le Monde ? Inscrivez-vous gratuitement Débats Débats Débats Pape Pape Pape Chronique Stéphane Lauer « Qu’il faille attendre qu’une autorité spirituelle pose le débat sur la protection de l’humain en dit long sur l’affaiblissement du pouvoir politique, qui peine à se hisser à la hauteur des enjeux civilisationnels de l’IA », estime Stéphane Lauer, éditorialiste au « Monde ». Publié aujourd’hui à 06h00 Temps de Lecture 3 min. Article réservé aux abonnés La publication, lundi 25 mai, par le pape Léon XIV de l’encyclique Magnifica humanitas (« Magnifique humanité ») « sur la protection de la personne humaine à l’ère de l’intelligence artificielle » (IA), constitue un manifeste politique d’une portée inédite. Aucun gouvernement, aucune autorité de régulation, aucun think tank n’avait encore proposé une réflexion aussi aboutie et articulée sur cette révolution technologique. Le souverain pontife se place dans la lignée de son lointain prédécesseur, Léon XIII (1810-1903), qui, en 1891, avec l’encyclique Rerum novarum (« Des choses nouvelles »), proposait une réflexion sur la condition ouvrière pendant la révolution industrielle. Celle-ci avait fait exploser les vieilles solidarités, entassé des millions d’hommes dans des usines sans droit ni dignité, et donné naissance à une question sociale que ni le libéralisme ni le socialisme naissant ne parvenaient à résoudre. Rerum novarum ne prétendait pas trancher le débat économique. Elle cherchait à fixer un horizon éthique. Ce qui a été initié il y a cent trente-cinq ans, Léon XIV tente de le prolonger sur l’IA. Il s’agit d’alerter sur le risque d’une dilution de la dignité de l’individu, face à la promesse d’une efficacité désincarnée à l’ère de l’algorithme. Là où beaucoup plaident pour de l’attentisme, nourri soit par une fascination béate, soit par un catastrophisme rétif à une certaine modernité, le pape estime qu’il ne faut pas attendre que les processus technologiques arrivent à maturité pour chercher à les canaliser. Inquiétude sourde Rerum novarum n’a pas transformé instantanément le capitalisme industriel. Son influence fut lente et indirecte. Elle a inspiré l’émergence de forces politiques et sociales (démocratie chrétienne, syndicalisme, Etat social), qui mirent des décennies à s’imposer. Si l’impact de Magnifica humanitas doit, lui aussi, prendre plusieurs générations pour infuser, il y a un sérieux risque pour que les dégâts causés par l’IA soient irrémédiables. La technologie se propage à une vitesse vertigineuse, dans toutes les couches de la société et à l’échelle de la planète, bien plus rapidement que ne peuvent se former des contre-pouvoirs que le Vatican appelle de ses vœux. Il vous reste 63.64% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.