Cet article vous est offert Pour lire gratuitement cet article réservé aux abonnés, connectez-vous Se connecter Vous n'êtes pas inscrit sur Le Monde ? Inscrivez-vous gratuitement Ramón Masats / Galería Alta / Adagp, Paris, 2026 M le mag M le mag Les portfolios de M Les portfolios de M Les portfolios de M Par Guillaume Delacroix Publié aujourd’hui à 07h30 Article réservé aux abonnés RécitAu tournant des années 1950, Franco enrôle un groupe de photographes pour promouvoir le tourisme en Espagne. Parmi eux, le jeune Ramón Masats va s’émanciper des contraintes de la propagande pour faire une critique du régime, toute en douceur. Resté en partie inédit, son travail fait l’objet d’un livre édité par La Fábrica. Dans un petit village espagnol ensoleillé, un homme en costume se déplace à dos d’âne. Ce pourrait être Sancho Panza, fidèle écuyer de Don Quichotte, revenu après quatre siècles d’absence… Mais c’est à l’arrière-plan que tout se joue. Sur le toit d’une maison se dresse le joug et les flèches, emblème des phalanges franquistes. Nous sommes dans les années 1950 et le photographe Ramón Masats (1931-2024) montre ici toute la subtilité de son jeune regard. Derrière la pauvreté vraisemblable de l’homme, le cliché illustre la soumission à la dictature du général Franco. Une critique du régime, toute en douceur. Et pour cause : Masats a été enrôlé par le nouveau ministère de l’information et du tourisme pour produire des guides destinés à encourager les Européens à découvrir ce pays exotique qu’est alors l’Espagne, avec ses toreros et ses danseuses de flamenco. Au sortir de la seconde guerre mondiale, personne ne visite encore la péninsule Ibérique. Condamné pour son alliance avec l’Axe, le pays est isolé diplomatiquement et économiquement. Il n’adhère à l’ONU qu’en 1955 et, en 1959, le président américain Eisenhower se rendra à Madrid, officialisant son entrée dans le concert des nations. Avant cela, l’Espagne franquiste, encore autarcique, recroquevillée sur elle-même tente une timide ouverture au tourisme. Sous le slogan « Visit Spain », elle charge un groupe de photographes d’immortaliser palais et églises au moyen format. Parmi eux, le parrain de toute une génération, Francesc Català Roca (1922-1998), considéré aujourd’hui comme le plus grand photographe catalan du XXe siècle. Les gens plutôt que les pierres Il vous reste 62.54% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.