“The Boroughs”, “Espion à l’ancienne” ou encore “Septième Ciel” : les résidents d’Ehpad n’ont pas dit leur dernier mot ! Ou comment les séries portent un regard nouveau sur la vieillesse et les maisons de retraite. Dans « The Boroughs », la retraite est loin d’être pantouflarde pour Sam et Mike Ellis (Alfred Molina et Robert Benedetti). Photo Courtesy of Netflix © 2026 Par Pierre Langlais Publié le 30 mai 2026 à 16h00 Grâce au succès de comédies comme La Méthode Kominsky, avec Michael Douglas, ou Grace et Frankie, avec Jane Fonda (toutes deux sur Netflix), la présence des seniors dans les séries ne cesse de s’améliorer. Même les maisons de retraite, souvent considérées comme affreusement anxiogènes, ont désormais droit de cité. Les Anglais les premiers ont mis en scène le quotidien de résidents d’un Ehpad, en 1990, dans une sitcom au titre ironique, Waiting for God (« En attendant Dieu »). Trente ans plus tard, une vraie tendance se dessine, portée par le succès de la première saison d’Espion à l’ancienne (2024) et l’arrivée sur Netflix de The Boroughs, comédie fantastique sur un groupe de retraités témoins d’étranges phénomènes dans le lotissement médicalisé où ils vivent. La fin d’un tabou ? Dans « Espion à l’ancienne », Charles joue les enquêteurs dans un Ehpad (Ted Danson, avec Margaret Avery). Photo Colleen E. Hayes/Colleen E. Hayes–Netflix–3 Arts Ent.–Fremulon–Micromundo Prod.–Motto Pict.–Universal Tele. Des “vieux” plus visibles et moins caricaturaux Spectateurs assidus, les seniors sont pourtant rarement représentés sous un jour flatteur dans les séries. « Leur image y est… vieillotte, regrettent Jeffrey Addiss et Will Matthews, les créateurs de The Boroughs. Nous avions envie que nos grands-parents se reconnaissent dans une aventure extraordinaire. » Geena Davis, Bill Pullman, Alfred Molina… une bande d’acteurs septuagénaires de renom y jouent aux chasseurs de monstres avec un plaisir aussi communicatif que celui de Ted Danson, 78 ans, détective amateur en Ehpad dans Espion à l’ancienne (Netflix), ou Sylvie Granotier, 75 ans, et Féodor Atkine, 78 ans, amants passionnés dans la Française Septième Ciel (OCS). « On est loin de l’image d’Épinal du vieil asexuel et pantouflard », s’amuse sa créatrice, Clémence Azincourt. Plus jamais seuls The Boroughs, Espion à l’ancienne et Septième ciel commencent de façon identique : un veuf reclus accepte de déménager dans une maison de retraite, où sa solitude s’estompe. « Dans ces établissements, on se regroupe, on se soutient, la vie continue malgré tout, analyse Jeffrey Addiss. C’est statistiquement prouvé : faire partie d’une communauté soudée permet de vivre plus longtemps. » Cette notion d’entraide dépasse les enjeux générationnels. La série québécoise En résidence, inédite en France, met en scène la cohabitation entre des retraités et les étudiants qui louent les chambres vacantes de leur Ehpad. « Les jeunes apprennent de leurs aînés, mais l’inverse est aussi vrai. Ça crée un terrain de jeu dramatique et comique très riche », se félicite son créateur, Marcel Gallant. En rire pour mieux en parler À l’image de la navrante Maison de retraite (TF1), déclinaison des films de et avec Kev Adams, ou de l’éphémère The Cool Kids, sitcom américaine sur les quatre cents coups des résidents d’un Ehpad, les séries en maison de retraite sont toutes des comédies. « On est fait comme ça, nous autres humains. Dans les moments les plus durs, on rigole. La vieillesse ne fait pas exception », philosophe Clémence Azincourt. « La comédie est un cheval de Troie pour aborder des sujets graves comme Alzheimer ou le deuil », confie sur le site américain IndieWire, Michael Schur, créateur d’Espion à l’ancienne. Un personnage de The Boroughs est atteint d’un cancer incurable, un d’En résidence souffre de démence. « En entrant dans sa réalité plutôt que d’essayer de le ramener dans la nôtre, certaines situations deviennent touchantes, absurdes ou drôles », se réjouit Marcel Gallant. Une vision optimiste Ces séries évoquent certains dysfonctionnements, qui font discrètement écho au livre enquête de Victor Castanet, Les Fossoyeurs. Le directeur du lotissement de The Boroughs, aux sombres intentions, « incarne un capitalisme carnassier, qui pompe littéralement l’énergie vitale de celles et ceux qu’il exploite », résume Jeffrey Addiss. Septième Ciel, quant à elle, montre l’infantilisation des résidents et l’égoïsme de certains encadrants, mais Clémence Azincourt a préféré accentuer les bons côtés de l’institution. « Je me disais qu’en donnant une image positive, j’aiderais peut-être à les changer… et à mieux y vivre quand mon tour viendra », sourit-elle. « Les médias parlent beaucoup des cas problématiques — et c’est normal qu’ils soient dénoncés — mais on entend moins les histoires positives », renchérit Marcel Gallant, qui s’est inspiré des confidences de son père, directeur d’Ehpad, pour écrire En résidence. À près de 80 ans, Rose et Jacques redécouvrent l’amour dans « Septième Ciel » (Sylvie Granotier et Féodor Atkine). Photo Next Episode Le début, pas la fin Entrés en maison de retraite le regard bas, condamnés au « mouroir », les héros de ces séries se découvrent un nouveau souffle. « Le simple fait d’être en vie est une forme de rébellion contre la mort, s’enthousiasment Will Matthews et Jeffrey Addiss. Les héros de The Boroughs ont encore des choses à vivre, des missions à accomplir. À 80 ans, on peut encore être paumé comme un ado, se chercher et apprendre de nouvelles choses. » La maison de retraite devient un terrain de jeu où chahutent des gamins d’un certain âge. « Plus besoin de tenir un rôle dans la société. On est enfin soi-même. On n’a plus rien à f… du regard des autres », lâche Clémence Azincourt, dont les personnages finissent par créer une résidence autogérée, sorte d’utopie pour retraités. La maison de retraite, plutôt qu’un ultime décor, devient alors le cadre d’un nouveau départ. À lire aussi : Cinq podcasts sur… la joie d’être vieille Séries Santé senior Le magazine en format numérique Lire le magazine Les plus lus