Serge QuoidbachRédacteur en chef adjoint29 mai 2026Aujourd'hui à 20:20Redistribuer les immenses profits générés par l’IA vers ceux qui en sont les victimes? La suggestion est défendue par les patrons de la Silicon Valley eux-mêmes. En Europe, nous n’en avons pas les moyens.L’équivalent d’environ 300.000 euros. C’est la jolie prime qu’ont réussi à arracher cette semaine les syndicats de Samsung pour chacun des employés de la branche semiconducteurs de l’entreprise. En échange: la promesse de ne pas déclencher une grève massive qui aurait affecté l’ensemble de l’économie sud-coréenne ainsi que les chaînes d’approvisionnement mondiales de cet acteur devenu quasi incontournable dans le secteur de l’intelligence artificielle.L’IA génère des profits colossaux, alors pourquoi ne pas les redistribuer? Ce débat qui a animé Samsung à l’autre bout de la terre est loin d’être un cas isolé. Il y a quelques jours, un conseiller à la présidence coréenne a suggéré un "dividende citoyen" que ces entreprises reverseraient à la population – avant de rétropédaler face à la brutale réaction des marchés boursiers.Les acteurs de la Big Tech américaine eux-mêmes craignent aussi une révolte sociale face à ce qu’ils perçoivent comme un rejet de la concentration de leur richesse et la crainte des effets de l’IA sur l’emploi, sur l’environnement ou tout simplement sur la survie de l’humanité. Tous, du patron d’OpenAI, Sam Altman, à Elon Musk, en passant par Dario Amodei d’Anthropic, prônent une forme de rétribution sociale.Alors, taxer l’IA, un passage obligé? Non.D’abord parce que, sous prétexte de garantir notre contrat social, la mesure pourrait bien au contraire le détruire.Les externalités négatives mises en avant par les cadors mêmes de l’intelligence artificielle sont bien réelles, mais elles ne peuvent s’acheter par le truchement d’une redistribution des profits. Tout comme nos sociétés ne peuvent se résigner à voir une partie de leur population sombrer dans un assistanat subventionné.Partager le gâteau IA, quand il y a un gâteauCar si l’IA est une invention inédite, révolutionnaire, elle doit servir l’humain, avant tout. Un agenda que nous pourrions imposer en Europe, pour autant que nous en mesurions l’enjeu. Et que nous osions l’intégrer dans toutes les strates de nos sociétés.À l’instar de ce qu’a montré encore dernièrement le français Mistral AI. Après seulement deux ans et demi d’existence, la pépite multiplie les partenariats avec les plus grands groupes industriels européens comme Airbus, BMW ou l’armateur CMA CGM pour "déployer l’IA dans le monde physique" et ainsi aider à la sécurité, optimiser les trajets, réduire la consommation énergétique.L’IA qui doit donc percoler jusque dans notre éducation de tous les jours, et s’apprendre dès le plus jeune âge. Il est à cet égard heureux de voir enfin, chez nous, l’intégration de deux heures de formation numérique dans la grille horaire des élèves dès la première secondaire.Mais ce ne sera pas suffisant. Il suffit de lire les courbes boursières de ces dernières semaines pour en former le constat implacable: portés par les succès de l’intelligence artificielle, l’Asie et les États-Unis surperforment allègrement l’Europe. Résultat: si les employés de Samsung peuvent prétendre à un partage plus équitable du gâteau IA, c’est parce qu’ils ont leur champion sur leur territoire, et qu’ils en ont les emplois. Pour l’heure, en Europe, nous n’avons ni l’un ni l’autre.