Idées et débatsIdées. Le professeur à HEC Paris analyse comment les dirigeants de la Silicon Valley ont eux-mêmes nourri la fronde anti-IA. Une stratégie "suicidaire" mais peut-être plus intéressée qu’il n’y paraît. Par Olivier Sibony*Publié le 28/05/2026 à 12:00bookmarkDes militants manifestent contre les conséquences environnementales de l'expansion des centres de données à l'extérieur d'un congrès sur les centres de données à Washington, DC, aux États-Unis, le 21 avril 2026.JIM LO SCALZO/EPA/MaxPPPOn le voyait venir, et il est arrivé : le "backlash" ("retour de bâton") anti-IA est bien là. Comme dans tout mouvement contestataire, la jeunesse est en première ligne. De jeunes normaliens interviewés par la revue Le Grand Continent sur le premier mot qui leur vient à l‘esprit à propos d’intelligence artificielle répondent "risque", "méfiance", "terreur" et "illusion". On hue l’IA dans les cérémonies de remise de diplômes aux Etats-Unis. Les moins de 30 ans y sont deux fois plus nombreux que les retraités à juger l’IA "plutôt mauvaise".Mais les jeunes ne sont pas seuls. Ecrivains et intellectuels s’alarment que l’IA détruise notre capacité à penser. Des études scientifiques fragiles, mais reprises en boucle, décrivent des effets néfastes sur le fonctionnement cérébral. Les enseignants, du primaire à l’université, ne savent plus s’il faut déplorer la créativité avec laquelle les étudiants trichent aux examens, ou au contraire la paresse intellectuelle qu’engendre le recours à ChatGPT. Là où l’on projette de construire des data centers, les riverains se mobilisent pour l’empêcher. Les parents, qui ont tardé à prendre conscience des effets néfastes des réseaux sociaux sur la santé des enfants et adolescents, craignent que l’IA ne les démultiplie. Et bien sûr, l’inquiétude la plus vive concerne l’emploi, menacé par une "jobs apocalypse".