« Comme on m’a dit : j’ai la chance, ou la malchance, de savoir un peu tout faire en musique. » L’affirmation paraîtrait prétentieuse si le sympathique Ya Cetidon ne possédait effectivement pas tous ces talents, chanteur pop, rappeur, ambianceur afrobeats. L’auteur-compositeur-interprète d’origine congolaise signe le début de la saison estivale avec STEPS, un premier album affichantsans gêne son souhait : envahir les radios commerciales.« En France, on nous surnomme “les envahisseurs” », rigole Cetidon (c’est son prénom). Dans le top 20 des artistes les plus populaires chez nos cousins, presque la moitié, pointe-t-il, a des racines congolaises — de Brazzaville (République du Congo) comme lui, ou de la grande sœur Kinshasa (République démocratique du Congo). « C’est dommage qu’il y ait une frontière qui nous sépare, puisque nous partageons essentiellement la même culture, les mêmes langues, les mêmes danses. » Quelle nuance fait-il entre la RC et la RDC ? « Parce qu’ils ont été colonisés par les Belges, ils disent septante et nonante au lieu de soixante-dix et quatre-vingt-dix comme nous. »Ya Cetidon sera-t-il notre envahisseur ? On le souhaite, à lui comme à nous : alors que la tendance afrobeat, incarnée par des artistes tels que Burna Boy et Ayra Starr, est devenue un phénomène mondial au courant de la dernière décennie, de telles voix issues de la scène musicale québécoise peinent à s’imposer. Pierre Kwenders et sa famille Moonshine occupent le champ gauche des rythmes dansants d’Afrique, Sarahmée a trempé son rap dans l’afropop, Kizaba et AfrotroniX tracent leurs sillons loin des ondes radio que cherche à conquérir Ya Cetidon avec son album pop fusion.En ouverture, On veut la good life, duo pop tropical avec l’étoile R&B Shah Frank, suivie d’une salve afropop nommée Beau gosse. Deux chansons plus loin, Ya Cetidon ose le kompa façon Joé Dwèt Filé avec Ce soir, une collaboration avec le duo de compositeurs-interprètes Dro X Yani — qui, pour la petite histoire, sont les fils de l’ex-président d’Haïti Michel Martelly, qui était dans une autre vie chanteur (Sweet Micky). Sur la douce Day N’Night, il se la joue crooner et revient à ses racines rap sur Kob.« Ma ligne directrice, à la base, c’est le son afro, détaille le musicien. Quelque chose de festif, de dansant, de joyeux. Après, il y a de la place pour les chansons plus introspectives », comme la tendre Papa, dans laquelle il s’adresse à ses enfants, « mais ce qui me décrit le plus, c’est la danse et la joie », ajoute celui qu’on a découvert il y a quatre ans avec le succès (underground, délicatement drill) Vrai Charo et qui, ensuite, a collaboré avec Loud sur le mini EP (deux chansons) Double Feature.