Le matin où j'ai cru que c'était une seule journée
Samedi 16 mai, huit heures dix. Café tiède dans la tasse à tête de Françoise, héritée d'un anniversaire de bureau. Le tableau Sentry de la nuit affiche un point rouge isolé sur un cron à trois heures, et un message vocal de Catherine arrivé à sept heures cinquante — « Hum, ça bug. Mais c'est vite corrigé. » Sept mots dans son ton habituel, ni urgent ni inquiet, l'évidence d'une journée qui commence par un ticket à fermer avant les autres.
Catherine n'a presque jamais tort sur la première moitié de sa phrase, et elle a parfois tort sur la seconde. Le bug du jour, ce n'est pas un bug, ce sont quatre, et entre celui de huit heures et celui de dix-huit heures se loge une journée entière qui ressemble à une seule chose vue de loin, et à quatre choses très différentes vue de près. Nous avons tous tendance à compter les incidents par tickets, par messages, par sessions, ce qui revient à compter par symptômes. Les compter par hypothèses falsifiables, c'est en trouver quatre là où nous croyions n'en avoir qu'un.
L'autopsie qui suit n'est pas un cas d'école. C'est une journée ordinaire que j'aurais préféré finir à dix-neuf heures et que j'ai finie à vingt-trois, parce que sur le quatrième bug j'ai sauté le protocole que les trois premiers m'avaient pourtant réappris à respecter le matin même.














