Cet article vous est offert Pour lire gratuitement cet article réservé aux abonnés, connectez-vous Se connecter Vous n'êtes pas inscrit sur Le Monde ? Inscrivez-vous gratuitement Débats Débats Débats Rassemblement national (RN) Rassemblement national (RN) Rassemblement national (RN) Tribune Laurent Warlouzet Historien L’historien Laurent Warlouzet évoque, dans une tribune au « Monde », les ambiguïtés du programme européen du Rassemblement national, notamment sur la remise en cause du caractère fédéral de l’Union, qui reviendrait à fragiliser le caractère réciproque des engagements communs, pourtant au cœur de la construction européenne Publié aujourd’hui à 05h30 Temps de Lecture 3 min. Article réservé aux abonnés « En Europe, je suis pour tout changer sans rien briser », affirmait Jordan Bardella, le président du Rassemblement national (RN), dans une interview publiée dans Le Point, jeudi 21 mai. Le Frexit, cette sortie de la France de l’Union européenne (UE) envisagée après le Brexit, semble une perspective bien lointaine : le RN veut désormais préserver l’Union, tout en la faisant évoluer de l’intérieur. En réalité, si son programme était appliqué, la rupture serait profonde avec la politique européenne conduite par tous les dirigeants français depuis 1950, y compris Charles de Gaulle. M. Bardella promeut une Europe de porcelaine qui n’aurait d’Union que le nom et ne serait rien de plus que la façade lisse d’une zone de libre-échange creuse. Depuis la déclaration Schuman du 9 mai 1950, les gouvernements français ont défendu une politique européenne fondée sur l’émergence d’institutions semi-fédérales. Ce processus a été progressif, mais il n’a jamais été remis en cause par les majorités politiques issues des 29 élections présidentielles et parlementaires conduites depuis 1950. D’un côté, certaines compétences majeures, l’emploi de la force (armée, police, justice) et l’essentiel de l’Etat-providence, restent nationales. De l’autre, beaucoup de domaines de l’action économique sont gérés en commun par l’Union et donc régis par le droit fédéral européen. Une Europe de porcelaine Tous les gouvernements français ont accepté cette Europe semi-fédérale afin de faciliter les échanges, la mobilité des Européens, et d’obtenir des fonds pour l’agriculture et les régions défavorisées. Paris a promu l’adoption de standards européens afin de faciliter les exportations de ses entreprises, tout en limitant les risques de ce que Jacques Delors [ancien président de la Commission européenne, de 1985 à 1995] appelait le « dumping social », sans toujours être couronné de succès. Certains décideurs français ont utilisé l’Europe pour protéger l’environnement, et en particulier les plus pauvres, qui sont les premières victimes des pollutions ; d’autres, pour développer une action commune dans le domaine diplomatique. Il vous reste 62.94% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.