Sa présence et sa voix profonde ont marqué les séries de David Simon. Le charme de l’acteur septuagénaire imprègne aujourd’hui les séries “Truelove” '(Sooner) et “The Boroughs” (Netflix) d’une délicate émotion. Clarke Peters joue les retraités visionnaires dans les séries « Truelove » et « The Boroughs » : « Un acteur ne devrait pas avoir d’âge, sauf quand c’est un sujet. » Photo Jeff Spicer/Getty Images via AFP Par Pierre Langlais Publié le 27 mai 2026 à 19h00 Dans l’émouvante minisérie Truelove, disponible sur la plateforme Sooner, Clarke Peters est Anglais, visage grave et posture fière. Lui et ses amis promettent de s’entraider à mourir quand leur fin approchera. Dans l’entraînante série fantastique The Boroughs, sur Netflix, il est Américain, joint au bec et chemises à fleurs. Il campe un post-soixante-huitard confronté à d’étranges phénomènes dans le lotissement pour retraités où il coule ses vieux jours. L’acteur est partout, et quand on lui demande d’où il vient, il répond, sourire en coin : « De la planète Terre et du ventre de ma mère. Je n’aime pas les notions de nationalité, d’État, de frontière. Ce n’est pas ainsi qu’on définit un humain. » Peters, 74 ans, est bien né quelque part, à New York. Il a été mime, danseur et chanteur avant de devenir acteur. Sa carrière a débuté à Paris au début des années 1970. Pour fuir la loterie qui envoie les jeunes Américains au Vietnam, il rejoint la troupe de son frère comédien, qui tourne avec la comédie musicale Hair. Il sillonne ainsi l’Europe et atterrit dans le West End londonien, où il jouera et écrira des comédies musicales pendant deux décennies — « Gamin, je dévorais les films de Gene Kelly et des Nicholas Brothers à la télé, se souvient-il. Je voulais danser comme eux. » De la scène au petit écran À l’orée de la cinquantaine, il bascule sur le petit écran, « pour l’argent et pour souffler. Je n’en pouvais plus d’être sur scène tous les soirs et de mal gagner ma vie ». Il retourne aux États-Unis et décroche un rôle de toxicomane dans The Corner (2000), adaptation en minisérie d’une enquête de l’ex-journaliste David Simon sur un point de deal de Baltimore. Ce changement de registre se poursuit deux ans plus tard, quand Simon lui offre une place de choix dans son chef-d’œuvre, le polar politique The Wire. Lester Freamon, flic élégant et rigoureux, semble avoir été écrit pour lui. « J’avais du mal à le jouer, confie-t-il pourtant. Si j’étais aussi immobile et concentré, c’était aussi parce que je cherchais comment me tenir face caméra et me défaire du rapport au corps que j’avais dans les comédies musicales. » À lire aussi : La série “The Wire” a 20 ans : retour dans les rues de Baltimore Le succès de The Wire a fait de cette sagesse, qui sied parfaitement à son sourire mélancolique et à sa voix profonde, sa marque de fabrique. Elle lui a permis de jouer des personnages de profs (His Dark Materials), de religieux (True Detective) ou encore de mentors en tous genres, comme le pilier du Mardi gras qu’il incarne dans Treme, du même David Simon (2010-2013), chronique sur la Nouvelle-Orléans post-Katrina — « Je suis devenu son porte-bonheur », s’amuse l’acteur, qui apparaît aussi dans les séries suivantes du créateur, Show Me a Hero et The Deuce. Sage et grisonnant à l’écran depuis vingt-cinq ans, Clarke Peters contemple plus frontalement le poids des ans dans Truelove et The Boroughs. « Un acteur ne devrait pas avoir d’âge, sauf quand c’est un sujet », philosophe-t-il en reconnaissant qu’avec le temps, il a appris à ne plus avoir peur d’utiliser ses propres émotions, de lâcher prise. Quand on lui demande quel regard il porte sur près de soixante ans d’une riche et éclectique carrière, il conclut, amusé : « Comment je me sens ? Vieux ! Cela étant dit, il y a quelque chose de libérateur à jouer avec des acteurs de ma génération, comme dans ces deux séries : personne ne vous reproche d’oublier vos dialogues. » TrueLove, disponible sur SoonerThe Boroughs, disponible sur Netflix Séries Netflix The Wire Plateformes Sooner Le magazine en format numérique Lire le magazine Les plus lus