Le premier procès public depuis l’éclatement du scandale dans le périscolaire à Paris s’est tenu mardi 26 mai. L’ex-animateur de 36 ans a nié les agressions sexuelles sur neuf enfants d’une école maternelle.Il patiente assis sur un strapontin, jambes et bras croisés, tortille quelques mèches de ses cheveux courts et se gratte le menton. David G., 36 ans, crâne légèrement dégarni, tee-shirt blanc et veste noire, est scruté par des dizaines de paires d’yeux, ce mardi 26 mai, au tribunal judiciaire de Paris. Curieux, familles et journalistes sont venus en nombre pour ce deuxième procès d’un animateur du périscolaire parisien. Le premier ouvert au public puisque, fait exceptionnel, les parties civiles n’ont pas demandé le huis clos. L’affluence est telle qu’une salle de retransmission a été ouverte pour l’occasion.On reproche à l’ancien animateur, jusqu’ici inconnu des services de police, des agressions sexuelles sur neuf mineurs de 3 à 5 ans, élèves de l’école maternelle Alphonse-Baudin (Paris 11e), pendant l’année scolaire 2024-2025.Sur la vingtaine d’enfants ayant été entendus par la Brigade de protection des mineurs (BPM), seuls cinq témoignages ont été retenus par le parquet de Paris. Par citation directe, les parents de quatre enfants ont assigné le même animateur devant le tribunal correctionnel pour agression sexuelle sur mineur. David G. comparaît aussi pour harcèlement sexuel à l’encontre de deux collègues.Un « certain succès » avec les enfantsLe prévenu, qui se présente comme journaliste indépendant, mais aussi réalisateur, scénariste et monteur, se lève à la suite de la lecture des faits. Jambes écartées, mains dans les poches, il reconnaît pêle-mêle « la proximité, la maladresse, le manque de formation ». Mais pour le reste, c’est-à-dire les infractions sexuelles, il nie fermement les faits qui lui sont reprochés : des caresses, des bisous, des « guilis sur les fesses », des attouchements sur le « zizi »… Certains enfants avaient rapporté à leurs parents des faits de viols, qui n’ont pas été qualifiés comme tels dans la procédure.Alors que le président de la 15e chambre du tribunal correctionnel rapporte les violences sexuelles décrites avec des mots d’enfants, l’ancien animateur, impassible, ne semble pas se souvenir des élèves de maternelle qu’il surveillait. Pourtant, les enfants l’adoraient, il dira même devant les enquêteurs qu’il avait « un certain succès » avec eux. Il ne se souvient pas des prénoms et conteste les faits les plus graves, admet en revanche qu’il portait souvent les enfants, lors de jeux, ou sur ses genoux, et qu’il « surveillait beaucoup les toilettes car les enfants (y) faisaient beaucoup de bêtises ».Les enfants venaient souvent vers moi pour se faire soigner.David G.Une de ses collègues, plus expérimentée, avait d’ailleurs remarqué sa présence excessive devant les sanitaires. Mais il restait, assure-t-il, toujours à l’écart pour des raisons d’« intimité ». « Si on entre dans les toilettes, le moindre geste peut être interprété… C’est pour ça que j’ai toujours gardé mes distances », explique David G. avec aplomb.Plusieurs enfants rapportent avoir été soignés par l’animateur, avec des pains de glace, quand ils se blessaient. « Les enfants venaient souvent vers moi pour se faire soigner, confirme-t-il. J’allais chercher de la glace dans la salle des animateurs, et ils se la mettaient tout seuls. » D’autres évoquent la cantine, déserte après le déjeuner, qui se situait sur un autre niveau, et qui aurait permis à l’animateur de se retrouver seul avec un ou des enfants. La configuration de l’école, répartie sur trois étages avec une cour sur le toit, a pu permettre des situations d’isolement, a souligné une enquête administrative diligentée par la ville de Paris, après les dénonciations de plusieurs parents.Un « malentendu »L’ex-animateur se rappelle avoir « grondé » des enfants, avoir organisé un atelier photo mais aussi un autour de la Saint-Valentin. Il donnait des petits noms, comme « ma chérie » ou « ma puce », à des fillettes. À une animatrice, un enfant avait montré fièrement une carte de Saint-Valentin, en disant : « Regarde, David, il a dit qu’on était des amoureux ! » Cette jeune collègue, marquée par cette affaire, a porté plainte pour harcèlement et agression sexuelle contre David G. après sa suspension. Elle l’avait mis en garde sur cet atelier inapproprié. Si elle et ses collègues n’ont jamais été témoins de gestes à caractère sexuel, elle assure s’être déjà demandé « mais il est où David ? », et l’avoir vu s’isoler avec un enfant, alors que la charte de l’animateur le proscrit.Ce vacataire décrit comme « très tactile » par une collègue, et défendu par deux autres, qui ne pourront être entendues, assure qu’il ne s’occupait pas des petites sections – un « malentendu » –, et se demande s’il n’y a pas eu « confusion » entre lui et un autre animateur.La plupart des enfants désignent pourtant « David », l’animateur qu’ils adoraient mais qui avait, d’après certains, deux visages, « avec et sans lunettes ». Les mères qui défilent à la barre racontent quasiment toutes la même chose et énumèrent les symptômes troublants que leurs enfants ont développés depuis l’automne 2024 : changement de caractère, colères, régression, comportements sexualisés, eczéma, énurésie, cauchemars… Certaines rapportent des « stigmates », encore bien présents, comme de l’encoprésie (trouble du contrôle sphinctérien).Le « mécanisme du secret »« À leur âge, les enfants ne coordonnent pas un récit, insiste Me Rebecca Royer, qui défend avec Me Hannah Kopp, six familles dans ce dossier. La parole d’un enfant n’a pas à être parfaite pour être recevable. Ils s’expriment avec leurs mots maladroits mais un enfant de maternelle n’invente pas une scène d’abus sexuel. » Ce qui la frappe dans tous ces témoignages, c’est la « convergence » : « Les mêmes zones du corps, les mêmes lieux, la même personne, la glace, les câlins et le même mécanisme du secret. » Une petite fille aurait vu « son zizi plein de poils » avant de dire : « J’ai peur qu’il me gronde, faut le dire à personne ! » assure l’avocate des parties civiles. David G. nie catégoriquement.Bah écoutez, navré pour les parents… Bien que je me sente pas du tout concerné pour la majorité des faits.David G.Quant à sa personnalité, celui qui dit avoir eu une « enfance heureuse » est décrit par l’expert psychiatre comme présentant « une jovialité » qui détonne au vu de la situation, « surjouée et artificielle ». Devant les enquêteurs, il a parlé d’une « histoire loufoque » à laquelle il semblait totalement étranger. Avec une certaine nonchalance, il le formule d’ailleurs devant le tribunal : « Bah écoutez, navré pour les parents… Bien que je me sente pas du tout concerné pour la majorité des faits. »« Déclarations fluctuantes »Un « comportement déroutant » pour un prévenu aux « déclarations fluctuantes », estime la procureure, dans la soirée. Elle requerra une peine de trois ans de prison dont un an ferme sous bracelet électronique, une obligation de soins et une inscription au fichier des délinquants sexuels.Son avocat, Me François Epoma, plaidera, lui, le manque de formation d’un vacataire, non titulaire du Bafa, recruté en urgence pour renforcer une équipe. « On ne lui a pas donné la boîte à outils pour qu’il travaille convenablement. Tout de suite, il a tissé des relations avec certains enfants. » La décision sera rendue le 7 juillet.
Au procès du périscolaire parisien : un prévenu « déroutant » et « pas du tout concerné »
Le premier procès public depuis l’éclatement du scandale dans le périscolaire à Paris s’est tenu mardi 26 mai. L’ex-animateur de 36 ans a nié les agressions sexuelles sur neuf enfants d’une école maternelle.










