L’été n’a pas encore officiellement commencé que les thermomètres flambent déjà. Avec eux, les stories Instagram de coureurs en sueur qui s’entraînent à 14 heures sous 35 °C et vous assurent que tout va bien, pour peu que le sportif soit « bien entraîné ». Ces publications cumulent des milliers de likes et sont aussi dangereuses qu’irresponsables.Un double défiCe que ces influenceurs semblent ignorer, c’est la réalité du double défi thermique. Par forte chaleur, l’organisme doit simultanément évacuer la chaleur produite par l’effort musculaire et faire face à celle de l’air ambiant. Pour y parvenir, il augmente le flux sanguin vers la peau et intensifie la production de sueur. Un système efficace mais seulement jusqu’à un certain point. Lorsque la chaleur extérieure est trop intense, ce mécanisme atteint ses limites, la température centrale grimpe et le risque de coup de chaleur lié à la déshydratation devient réel.L’entraînement ne protège pas de toutL’entraînement améliore les capacités cardio-vasculaires, mais ne confère aucune immunité face aux effets de la chaleur extrême, bien au contraire. Les sportifs réguliers ont souvent appris à ignorer l’inconfort, à repousser la fatigue et cette qualité devient un défaut par canicule car elle retarde la perception des signaux d’alarme envoyés par le corps. Nausées, vertiges, maux de tête, crampes musculaires, ces symptômes ne sont pas des signes de faiblesse, ce sont des injonctions à s’arrêter.Ce que disent les fédérationsLa plupart des grandes fédérations sportives recommandent d’annuler toute activité intensive dès que la chaleur ressentie – température, humidité et rayonnement solaire combinés – dépasse 32 °C. Un seuil qui peut être atteint par 34 °C avec une forte humidité, ou par 40 °C dans un air sec. Le thermomètre seul ne suffit pas à évaluer le danger.S’adapter avant de performerMême si vous avez un planning d’entraînement à respecter, mieux vaut éviter les efforts importants lors des premiers jours de chaleur. Laissez votre corps s’acclimater, surtout lorsque le changement est brutal comme c’est le cas ces jours-ci alors que nous avons battu successivement des records de fraîcheur puis de chaleur. L’acclimatation thermique est un processus physiologique qui prend plusieurs jours, même chez les sportifs aguerris. Au-delà de 30 °C, décalez l’activité physique aux heures les plus fraîches, tôt le matin ou en soirée.Des followers, ça ne vaut pas un diplômeAvoir deux cent mille abonnés ne confère aucune compétence médicale et filmer son effort sous canicule ne prouve pas que c’est sans danger. La santé ne se construit pas sur des anecdotes personnelles, elle repose sur la science et sur des recommandations établies par des professionnels de santé. La vraie performance, par 37 °C, ce n’est pas de tenir l’allure, c’est assurément de savoir s’arrêter avant que le corps ne le fasse à votre place.