Nul besoin de DeLorean pour actionner la machine à remonter le temps, il suffit de passer la grille de l’école publique de la Brèche. Au sein de cet établissement élémentaire, toujours en activité, se niche le petit musée de l’école de Chartres (Eure-et-Loir). Deux salles de classe, prêtées par la ville, dans lesquelles sont exposés au public, chaque après-midi de semaine, des objets et souvenirs du siècle dernier. La « Doc » des lieux s’appelle Nadia Chaboche, une ancienne enseignante et inspectrice de l’éducation nationale, désormais retraitée et vice-présidente de l’association eurélienne faisant vivre ce musée depuis 1976.« La visite débute toujours par un lavage de mains, on sonne la cloche, les garçons et les filles se répartissent en rangs séparés… Et on n’oublie pas de saluer la maîtresse ! », raconte Nadia Chaboche. Pour elle, l’immersion rigoureuse dans une salle d’études, avec pupitres en bois et tableau noir d’époque, venus de La Ferté-Vidame en Eure-et-Loir, est essentielle pour le travail de mémoire : « On accueille plus de 3 000 visiteurs par an, dont beaucoup de scolaires, et ce sont vraiment les petits gestes et la mise en situation qui permettent la compréhension de ce qu’était l’école début 1900. »Habits d’écolier, bouliers et porte-plumesPour expliquer le fonctionnement de ces classes d’autrefois, Nadia Chaboche propose aux plus jeunes de revêtir des habits d’écoliers : « On a la blouse, la cape, le béret, le cartable, le panier-repas et même les sabots ! Chaque enfant peut essayer, manipuler les vêtements… C’est une manière d’ouvrir le dialogue et pointer les différences avec aujourd’hui. » Sont également abordés les cours de morale, qui étaient à la charge des instituteurs, les calculs mathématiques à l’aide de bouliers ou d’ardoises, la préparation militaire pour les garçons, mais aussi les questions de laïcité et d’enseignement obligatoire du Français plutôt que des langues régionales, dans le but d’unifier le territoire.« On nous demande aussi souvent pourquoi la maîtresse a une bouteille de vin sur son bureau ! C’est une bouteille pour remplir les encriers des élèves et on fait tester à ceux qui le souhaitent l’écriture avec un porte-plume… Attention, ce n’est pas facile ! » s’amuse l’ex-prof.Dans cette classe de campagne reconstituée, les niveaux s’entremêlaient, du CP au CM2, et les horaires se décidaient selon la lumière naturelle : « L’électricité, dans certaines communes d’Eure-et-Loir, n’arrive qu’autour des années 1930. L’eau, pareil… Il fallait parfois aller au puits. Alors, quand on raconte ça, même aux plus âgés, ça fait réfléchir aux progrès. »Un lieu de complicité entre générations« Avec ce musée, l’idée n’est pas de dire que c’était mieux avant ! » précise Nadia Chaboche. « L’important c’est la perspective : saisir la bascule qu’il y a eue après mai 1968. Ce qu’on a gagné et ce qui perdure. J’aime inscrire la date 1926 sur le tableau, afin d’acter ce bond dans l’histoire. »Le lieu permet en outre la rencontre bienvenue entre plusieurs générations : « Il n’y a pas longtemps, deux papys se sont mis au sol pour jouer aux osselets et des lycéens ont sorti toupie et corde à sauter », sourit l’ancienne enseignante. Autant d’instants de jeu et de partage d’expériences : « Autour d’un pupitre, une fois, quatre générations étaient réunies, avec l’arrière-grand-mère qui relatait sa vie d’écolière, c’était très émouvant. »La seconde salle du musée contient, quant à elle, une exposition temporaire sur les méthodes de lecture à travers les âges et bien d’autres trésors d’antan : des bons points, un bonnet d’âne, un guide chant à soufflet utilisé pour l’éducation musicale, une lanterne magique et des diapositives…Si le papier n'est pas d'époque, la leçon de morale, le pupitre et le porte-plume permettent de se transporter en 1926. LP/Emilie MeunierPour la quinzaine de bénévoles actifs que compte l’association du musée de l’école, le prochain projet est de numériser l’intégralité du fonds de cahiers et livres, remontant jusqu’à 1870. Nadia Chaboche espère également à l’avenir ouvrir une troisième salle, au décor typique d’une classe des années 1960.Ouvert normalement du lundi au vendredi, de 14 heures à 17 heures, le musée sera exceptionnellement ouvert aux curieux le week-end du 13 et 14 juin prochain, à l’occasion de son cinquantenaire. Au programme : des visites guidées, ateliers d’écriture et jeux anciens, mais aussi des écrivains locaux en dédicaces.