Même s’ils ne représentent plus que 380 000 électeurs et 1 % de l’électorat, le monde paysan fait l’objet de nombreux débats, parfois opportuns ou clientélistes, au cœur de l’arènes politique. Avec deux camps et des protagonistes qui s’opposent très distinctement. Commençons par ceux qui les soutiennent, du moins officiellement.Dernière prestation en date, celle de la ministre de l’Agriculture Annie Genevard, qui s’exprime dans une vidéo diffusée sur les réseaux sociaux où elle vante les mérites de la tomate cerise française. Barquette en main où est inscrit le slogan « Oui à la souveraineté alimentaire française », elle nous explique que la moitié des tomates cerises vendues en magasin est issue de l’importation. Elle propose de « croquer la France » en nous expliquant que les producteurs de tomates se sont alliés pour faire une proposition à 1,29 euro, soit 30 centimes de plus que la plupart des tomates cerises importées. Un geste qui vise à « soutenir nos producteurs ».Côté face, la prestation fait mouche, même si, présentation du produit à l’appui, elle emprunte à un certain mélange des genres pouvant être qualifié de politico-commercial. Côté pile, la contradiction ne tarde pas à sourdre des bons sentiments, avec les multiples accords bilatéraux signés depuis des décennies entre la France et le Maroc, pays dont le volume annuel d’exportation en tomates vers l’hexagone est passé, en une décennie, de 240 000 tonnes à presque 500 000. Des accords franco-marocains qui se succèdent depuis 2012, et se succéderont encore certainement dans les années à venir, avec la bénédiction des gouvernements successifs. Annie Genevard apporta elle-même sa contribution en cosignant, en 2024 avec son homologue marocain, un accord-cadre de coopération agricole entre les deux pays.Message maladroitPassons à présent à ceux qui, pour soutenir leur idéologie, n’hésitent pas à promouvoir ouvertement l’importation. Telle Dominique Voynet, ancienne ministre de l’Environnement réputée pour avoir contribué au sabordage du nucléaire français qui, cette fois-ci en tant que députée, s’est exprimée mercredi 6 mai, lors de l’examen en première lecture du projet de Loi d’urgence pour la protection et la souveraineté agricole. La parlementaire déclara : « Si je suis un acheteur public à Toulouse, je préfère de beaucoup que ma viande vienne d’Espagne, avec les mêmes standards de qualité qu’en France, plutôt qu’elle vienne du nord de la France. »En cause, bien sûr l’empreinte carbone et le transport, avec un message extrêmement maladroit qui n’est pas de nature à atténuer les relations entre écologistes et agriculteurs. Des agriculteurs qui attendent un peu plus de clarté du débat politique, au sein duquel ils sont systématiquement ballotés ou malmenés. Avec, d’un côté, ceux qui préfèrent le loup à l’agneau, qui veulent les empêcher d’irriguer ou, entre autres ingérences, qui interdisent ce qui est utilisé pour protéger les cultures et, de facto, garantir notre autonomie alimentaire.Et, de l’autre, ceux qui traînent des pieds ou qui s’empêtrent dans les circonvolutions législatives. Avec des lois, calendrier politique oblige, sans cesse reportées, un manque de clarté dans le positionnement tardif sur le dossier UE/Mercosur comme dans celui opposant agriculture et écologie, et, ceci expliquant peut-être cela, une ribambelle de contraintes administratives qui n’en finissent plus de s’empiler.De moins en moins d’agriculteursPendant ce temps, le nombre d’agriculteurs diminue, avec plus de 100 000 exploitations disparues entre 2010 et 2020. Et au moins 43 000 ont encore mis la clé sous la porte depuis cette date, puisqu’il n’en restait que 349 600 en 2023 lors du dernier recensement agricole. Parallèlement, nous assistons à une hausse des importations alors que l’excédent agroalimentaire français a dégringolé (d’après les statistiques du ministère de l’Agriculture) de 6,3 milliards d’euros en 2020 à 181 millions en 2025.Encore un petit effort, compétitions déloyales oblige, et la barquette de tomates cerises, tout comme l’entrecôte française, ne seront plus qu’un lointain souvenir. À l’instar de ces gesticulations politiciennes qui, depuis Paris et si loin de nos campagnes, s’approprient l’agriculture française pour en faire, en la démolissant ou en « essayant » de la soutenir avec des lois placebo, un enjeu sociétal et un argument électoral. D’où cette lassitude souvent exprimée dans la galaxie champêtre, avec des agriculteurs utilisés pour motiver ou enjoliver le discours politique qui n’espèrent plus rien de ceux qui sont censés les défendre et encore moins de ceux qui passent leur temps à les stigmatiser.
Voynet et la viande espagnole, Genevard et la tomate cerise : l’agriculture est devenue un produit politique !
CHRONIQUE. L’enjeu alimentaire et le contexte agricole sont de plus en plus utilisés par ceux qui nous dirigent pour influencer l’opinion et justifier leurs actions.














