La baisse du nombre d’élèves adultes en francisation dans les centres de services scolaires (CSS) n’est pas l’œuvre du gouvernement, mais découle des préférences des élèves eux-mêmes, affirme Francisation Québec.« Francisation Québec ne favorise pas un réseau au détriment d’un autre », a répondu le ministère de l’Immigration, de la Francisation et de l’Intégration dans un échange par écrit avec Le Devoir.Rappelons que, depuis 2023, tous les adultes qui souhaitent suivre un cours de francisation doivent passer par Francisation Québec, un organisme gouvernemental qui leur attribue un cours localement.Trois chemins sont alors possibles : les écoles de francisation des CSS, les organismes affiliés au ministère (OBNL, universités, cégeps) ou encore les cours en ligne.Or, depuis la crise qui a secoué le secteur de la francisation en 2024-2025, des enseignants et syndicats soupçonnent Francisation Québec de vider les CSS de leurs élèves au profit des organismes qu’il contrôle (OBNL, universités, cégeps).

« On a des craintes sur le fait que le gouvernement favorise des formations qui sont moins coûteuses », souligne Nadine Bédard-St-Pierre, vice-présidente à la Centrale des syndicats du Québec (CSQ).Contrairement aux enseignants en francisation dans les écoles, le ministère recourt dans son réseau à des formateurs qui n’ont pas leur brevet d’enseignant, explique-t-elle.Mais le gouvernement avance que, si moins d’élèves se tournent vers les CSS, c’est parce qu’ils sont plus souples et offrent moins de cours pour les horaires atypiques. « Certains créneaux horaires sont plus difficiles à combler par certains partenaires, tels que les soirs, les fins de semaine ou la période estivale. […] Cet élément explique l’écart entre les deux courbes d’élèves actifs, le réseau MIFI étant plus présent au temps partiel et dans les créneaux atypiques. »Le gouvernement rejette aussi l’allégation sur les compétences des enseignants de son propre réseau.« Les allégations sont fausses. Les professeurs enseignant le français aux personnes adultes au Québec répondent à des exigences d’embauche équivalentes, peu importe dans quel réseau ils exercent leurs fonctions. »Selon des données du ministère, le nombre d’élèves en francisation dans ses organismes affiliés a récemment dépassé celui des CSS, mais il est aussi sujet à de grandes fluctuations depuis deux ans. Ainsi, en avril, le nombre d’élèves dans les CSS était sous la barre des 15 000, mais dans les organismes affiliés au ministère, il frôlait les 20 000 personnes.Baisse marquée du nombre d’élèves à l’automneLes inquiétudes sur l’offre dans les CSS ont été ravivées récemment quand le réseau des CSS offrant des cours a été informé que son nombre d’élèves allait baisser en moyenne de plus de 40 % cet automne.Cette baisse serait due notamment à la diminution marquée du nombre de travailleurs temporaires au Québec.« On a des élèves qui demandent à venir en CSS, mais se font quand même envoyer dans des organismes communautaires ou dans les cégeps », avance l’enseignant en francisation Vincent Vachon qui est également porte-parole du Collectif Francisation créé en 2024 lors de la crise en francisation.L’un d’eux, Jeiber A. Romero Rey, originaire de Colombie, a d’ailleurs témoigné de cette réalité dans une entrevue à La Tribune début mai. « Toutes les fois que j’appelle au MIFI pour demander les cours de francisation à Saint-Michel, on me redirige finalement vers le centre de loisirs. Si je veux aller au Centre Saint-Michel, pourquoi je dois aller ailleurs ? C’est bizarre parce que, techniquement, je suis libre de faire ma francisation », a-t-il déclaré.Dans certaines régions, comme l’Estrie, le CSS s’expose à une baisse de 50 % du nombre d’élèves. Mais pour faire avaler la pilule, le ministère a annoncé qu’il ne baisserait pas son financement en proportion pour l’instant. « Le financement a été revu à la baisse de 21 % seulement pour permettre au centre de mieux gérer la transition et adapter son offre de cours d’une façon graduelle. »Or, même si la baisse est graduelle, cela n’empêchera pas nécessairement des pertes d’emplois de survenir, selon Nadine Bédard-St-Pierre, de la CSQ.« Ça se peut qu’une partie du budget ne soit pas utilisée et, si c’est le cas, il y a des membres [enseignants] qui vont perdre leur emploi. […] On va le savoir à la rentrée à l’automne ». « Il y a beaucoup d’incertitude en nos rangs », ajoute-t-elle.L’an dernier, plus de 70 000 adultes ont transité par le système de francisation du Québec.