Neuf personnes comparaissent à partir de ce mardi à Rennes pour avoir tenté de tuer en mars 2021 un opposant au régime azéri, réfugié en France. Une affaire qui soulève une question fondamentale de liberté d’expression... et de sa protection.Dans l’Amérique des Stetson et santiags, les « Wanted » placardés sur les murs poussiéreux du Far West laissaient une alternative aux chasseurs de primes : « dead or alive ». En Azerbaïdjan, pas d’option possible : la mort était l’unique finalité de l’équipée venue de quatre coins de l’Europe jusqu’à Nantes pour assassiner un homme.La cible ? Mahammad Mirzali, un blogueur dissident ayant trouvé asile politique en France en 2016 après avoir, déjà, été menacé pour ses critiques envers le régime dans son pays d’origine. Un affront qui, là-bas comme dans d’autres contrées dictatoriales de la planète, vaut la peine de mort. Or il faut croire que l’éloignement n’assure aucune protection, que les frontières n’offrent aucune barrière.Un commando lancé sur les traces du blogueurEn mars 2021, trois individus ont ainsi pu rouler sans être inquiétés jusque dans l’ouest de la France pour, de jour et en pleine rue, attenter à la vie du jeune homme aujourd’hui âgé de 32 ans. C’était le 14 mars, et la scène, digne d’un film d’espionnage, s’est jouée en deux temps. Sorti à pied promener son chien vers 8h30, le blogueur remarque d’abord une personne debout près d’une voiture et semblant le surveiller.La même voiture qu’il reverra l’après-midi-même dans son rétroviseur, alors qu’il est cette fois lui-même au volant. Il se gare, s’engage sur le trottoir et, aussitôt, se sent suivi par deux piétons de type azéri-turc qu’il parvient à prendre en photo après avoir pris soin de se positionner dans le champ d’une caméra de vidéosurveillance de la ville.Une attaque au couteau en pleine rueÀ défaut de décourager ses agresseurs potentiels, au moins, songe-t-il sans doute, cela enregistrera une preuve... Un appel désespéré à police-secours ne change rien. Au moment de traverser la rue, la même voiture pile à sa hauteur. Deux hommes l’ont attrapé et lui ont asséné des coups de poing, de couteau et de cutter, avant de repartir en trombe.Pendant que Mahammad Mirzali est hospitalisé sans pronostic vital engagé (ses blessures lui occasionneront 10 jours d’ITT), un témoin fournit l’immatriculation de la Ford Fusion au pare-choc abîmé. Une information précieuse qui permettra non seulement de remonter jusqu’à l’identité de son dernier propriétaire, mais aussi de suivre le commando dans le début de sa fuite vers Paris grâce aux caméras installées aux péages et aires de repos.Quant au périple total d’un mois et neuf pays traversés vers la Turquie (Allemagne, Autriche, Italie, Slovénie, Hongrie, Croatie, Bosnie, Albanie et Grèce), les différentes étapes ont pu être localisées et horodatées au jour près grâce aux connexions internet effectuées sur une adresse mail fournie pour contracter l’assurance.Après l’échec, les menaces continuentUne bande de pieds nickelés ? On pourrait le supposer, mais la thèse de l’amateurisme s’efface devant l’impunité totale manifestée dans un premier message envoyé une semaine après à la victime : « On se fiche du pays, de la ville et d’être arrêté. Si ce n’était pas le cas, nous ne t’aurions pas poignardé en riant, tranquillement devant des passants en plein centre-ville. Si tu injuries encore une fois notre chère famille, nos sœurs honnêtes, nous te tirerons une balle dans la tête avec un sniper. »D’autres menaces en ligne suivront, tout aussi explicites : « Ta tête doit être coupée », « je vais te poignarder », « nous sommes sur le point de vous couper la langue », le tout avec un ultimatum fixé pour stopper ses activités militantes, sinon une vidéo intime de sa sœur sera diffusée.Au total, entre les auteurs directs, les logisticiens à Nantes et dans d’autres capitales européennes, les logeurs et intermédiaires divers, neuf personnes ont été identifiées et doivent comparaître à partir de ce mardi 26 mai devant la cour spéciale d’assises de l’Ille-et-Vilaine, à Rennes pour association de malfaiteurs et tentative de meurtre en bande organisée (les peines encourues vont de 10 ans de prison à la réclusion criminelle à perpétuité).Si deux mis en examen ont réussi à prendre la fuite, dont l’un en Azerbaïdjan malgré son contrôle judiciaire, d’autres absences seront autrement plus lourdes dans ce procès hors norme : celles des commanditaires. Car au fil de l’enquête, révélée par Le Point, puisqu’il a été établi que les membres du commando ne connaissaient pas leur victime, cela plaide pour une action commanditée.L’ombre des commanditairesDe qui ? C’est toute la question qui donne à ces débats une couleur plus politique que mafieuse avec cet enjeu fondamental résumé par Me Henri Carpentier, l’un des deux avocats de la partie civile : « Qu’on prenne la pleine mesure de ce procès ! Il faut que l’on puisse vivre en France en sécurité quand on y trouve asile et qu’on puisse y critiquer une dictature. Il y a eu trois tentatives d’assassinat sur mon client en raison de ce qu’il publie. Souvenons-nous de Charlie Hebdo ou encore de Salman Rushdie ! »Aujourd’hui, Mahammad Mirzali vit (ou plutôt survit) dans la peur permanente, à une adresse tenue secrète et sur ses gardes dès qu’il sort de chez lui. Dans ce contexte, le palais de justice de Rennes sera, jusqu’au 12 juin, placé sous haute sécurité par le service de la protection du ministère de l’intérieur et la circulation aux alentours y sera dûment contrôlée.C’est le minimum quand on connaît la détermination des prévenus : sachant leur cible sortie d’affaire en mars 2021, deux d’entre eux avaient de nouveau pris la route l’année suivante en juin 2022 avant d’être arrêtés à un péage en Maine-et-Loire. Dans leur bagage : des armes, et l’adresse du journaliste.
« Nous ne t’aurions pas poignardé en riant » : le procès du commando accusé d’avoir visé Mahammad Mirzali
Neuf personnes comparaissent à partir de ce mardi à Rennes pour avoir tenté de tuer en mars 2021 un opposant au régime azéri, réfugié en France. Une affaire qui soulève une question fondamentale de liberté d’expression... et de sa protection.












