Le ministre israélien de la Sécurité nationale a publié sur les réseaux un film très violent dans lequel il malmène des militants propalestiniens. Dans la foulée, la France lui a interdit l’accès à son territoire. Mais Benyamin Netanyahou ne l’a pas sanctionné.« Welcome to Israel » – c’est le message que le ministre israélien de la Sécurité nationale, Itamar Ben Gvir, a choisi pour accompagner la vidéo fièrement postée sur X le mettant en scène s’extasiant de l’humiliation des activistes de la flottille internationale pour Gaza dite « Global Sumud ».Arrêtés en mer Méditerranée lundi 18 mai, les quelque 430 militants propalestiniens à bord d’une cinquantaine de bateaux partis de Turquie avec l‘objectif annoncé de « briser le siège illégal imposé par Israël [à Gaza] et acheminer une aide humanitaire vitale, tout en établissant également une présence civile durable » dans la bande de Gaza, ont été amenés de force en Israël et étaient détenus dans un centre de détention du port d’Ashdod.Mercredi 20 mai, le ministre d’extrême droite a décidé de leur rendre visite, accompagné du commissaire général de la police, du commissaire du service pénitentiaire israélien et visiblement de ses services de communication, présents pour capturer son déplacement et publier la vidéo sur ses réseaux sociaux.« Nous sommes les patrons ici »Le film s’ouvre sur une femme qui scande « Free Free Palestine ». Elle est immédiatement mise à genoux par un homme des services de l’ordre qui exerce une pression sur sa tête et l’oblige à plier. « Bon travail », commente Ben Gvir tout sourire. Dans la scène suivante, il brandit le drapeau israélien et lance en hébreu : « Bienvenue en Israël, nous sommes les patrons ici. »Les militants, eux, sont à genoux, mains menottées dans le dos, têtes baissées au sol. La « Hatikvah », l’hymne israélien, est diffusée à tue-tête dans des haut-parleurs. Pour une raison que l’on ignore, Ben Gvir patrouille dans la salle où sont arrêtés les activistes. « Ne pas s’émouvoir de leurs cris, ne pas s’émouvoir », dit-il, on ne sait à qui, en réaction à des hurlements entendus du fond de la pièce.Cette vidéo n’a pas fuité sur les réseaux sociaux. Elle n’a pas été révélée par un journaliste. Elle a été publiée, délibérément, par le ministre, accompagnée de la phrase : « C’est ainsi que nous accueillons ceux qui soutiennent le terrorisme. » Cette légende est en hébreu, tout comme les commentaires de Ben Gvir dans la vidéo. L’homme, lui-même condamné en 2008 pour soutien à une organisation terroriste et incitation au racisme, ne s’adresse donc pas là aux détenus venus d’une trentaine de pays, humiliés et visiblement brutalisés, mais au public israélien.De nombreuses condamnations à l’étrangerCette vidéo est un outil de campagne électorale. C’est ainsi qu’il faut comprendre ces 38 secondes qui font couler des litres d’encre dans le monde entier, sont diffusées aux informations dans des dizaines de langues différentes, font la une de nombreux journaux internationaux et ont engendré la condamnation de dizaines de pays et la convocation des ambassadeurs israéliens en France, en Italie, au Canada, en Belgique, aux Pays-Bas, au Portugal et en Espagne.« À compter de ce jour, Itamar Ben Gvir est interdit d’accès au territoire français », a annoncé le 23 mai le ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot. « Cette décision fait suite à ses agissements inqualifiables à l’égard de citoyens français et européens passagers de la flottille Global Sumud. Nous désapprouvons la démarche de cette flottille qui ne produit aucun effet utile et surcharge les services diplomatiques et consulaires […]. Mais nous ne pouvons tolérer que des ressortissants français puissent être ainsi menacés, intimidés ou brutalisés, qui plus est par un responsable public », a déclaré ce dernier.« Je relève que ces agissements ont été dénoncés par un grand nombre de responsables gouvernementaux et politiques israéliens, a-t-il poursuivi. Ils font suite à une longue liste de déclarations et d’actions choquantes, d’incitations à la haine et à la violence à l’encontre des Palestiniens. Comme mon collègue italien, je demande à l’Union européenne de prendre également des sanctions à l’égard d’Itamar Ben Gvir. »De fortes tensions entre les ministres israéliensEn évoquant les réactions de personnalités politiques israéliennes, le ministre Barrot fait référence au ministre des Affaires étrangères et au Premier ministre israéliens. Gideon Saar, à la tête de la diplomatie israélienne, a été le premier à la déplorer. « Vous avez sciemment porté atteinte à notre État avec cette démonstration honteuse – et ce n’est pas la première fois […]. Non, vous n’êtes pas le visage d’Israël », s’est indigné celui qui avait fait le choix en septembre 2024 de sortir de l’opposition pour rejoindre le gouvernement Netanyahou et consolider la coalition de droite et d’extrême droite qui a offert son statut politique à Ben Gvir.Ce dernier n’a pas tardé à lui répondre : « On attend du ministre des Affaires étrangères d’Israël qu’il comprenne qu’Israël a cessé d’être un souffre-douleur. Celui qui vient sur notre territoire pour soutenir le terrorisme et s’identifier au Hamas se fera arrêter, et on ne lui tendra pas la deuxième joue. »Le Premier ministre Netanyahou a publié une déclaration officielle pour tenter de contenir l’indignation internationale : « Israël a tout à fait le droit d’empêcher des flottilles provocatrices composées de soutiens aux terroristes du Hamas d’entrer dans nos eaux territoriales et de rejoindre Gaza. Toutefois, la manière dont le ministre Ben Gvir a traité les activistes de la flottille n’est pas conforme aux valeurs et aux normes d’Israël. J’ai donné instruction aux autorités compétentes de déporter les provocateurs dès que possible. »Moins de 24 heures plus tard, le ministre des Affaires étrangères annonçait que tous les participants de la flottille avaient en effet été expulsés du territoire israélien.En Israël, le débat interne a vite été dominé par deux arguments. Pour beaucoup, cette vidéo porte atteinte à l’action de hasbara, l’effort de communication pour diffuser une image positive d’Israël à l’international. Pour les autres, minoritaires, elle force le pays à se questionner sur la façon dont les militants, fussent-ils propalestiniens ou anti-israéliens, doivent être traités.Un contexte préélectoral« Ben Gvir est un criminel et un dégât stratégique pour l’État d’Israël. Alors qu’Israël se bat pour sa sécurité et pour son statut dans le monde, Ben Gvir produit un autre spot électoral, une autre provocation, un autre déshonneur, et détruit Israël de l’intérieur », a réagi Yaïr Golan, le chef du parti de gauche, les Démocrates.« Cette coalition sait que sa fin est proche, a-t-il continué. La pression augmente, la panique s’intensifie, et ce sont les citoyens israéliens qui paient le prix en matière de sécurité, d’économie et d’isolement diplomatique. Nous les remplacerons bientôt. Nous réinstallerons une colonne vertébrale démocratique, libérale et sioniste au sein du prochain gouvernement. »Pour l’heure, Netanyahou, celui qui a introduit Ben Gvir au gouvernement et au cabinet de sécurité, s’est pourtant bien gardé de le limoger ou même de le sanctionner. Toute action aurait certainement des répercussions politiques, dans un contexte sensible pour Netanyahou qui s’apprête à jouer sa réélection.Or la campagne électorale est bel et bien lancée. Des propositions de dissolution de la Knesset, le Parlement, ont été déposées notamment par la coalition elle-même. L’enjeu se joue autour de la date des élections, qui devrait donc être prochainement fixée. Cela pourrait être dès septembre, sinon en octobre. D’ici là, l’insatiabilité des ambitions politiques de chacun promet de nouvelles polémiques.
Israël : une vidéo brutale du ministre Ben Gvir crée un scandale international
Le ministre israélien de la Sécurité nationale a publié sur les réseaux un film très violent dans lequel il malmène des militants propalestiniens. Dans la foulée, la France lui a interdit l’accès à son territoire. Mais Benyamin Netanyahou ne l’a pas sanctionné.










