La Ligue des droits de l’Homme et la CGT Spectacle vont engager une action en justice contre Canal+, dénonçant les propos discriminatoires du patron du groupe envers les signataires de la tribune anti-Bolloré. Maxime Saada (ici en avril 2024), président du directoire de Canal+. Il a fait savoir il y a quelques jours qu’il ne souhaitait plus que son groupe continue de travailler avec les signataires d’une tribune contre son actionnaire de référence, Vincent Bolloré. Photo Magali Cohen/Hans Lucas via AFP Par Télérama, avec AFP Publié le 23 mai 2026 à 12h02 Les professionnels du secteur du cinéma (acteurs, scénaristes, réalisateurs, producteurs ou techniciens) sont bien décidés à ne pas en rester là. La Ligue des droits de l’Homme (LDH) et la CGT Spectacle ont annoncé samedi engager une action en justice au Tribunal Judiciaire de Nanterre contre Canal+, dénonçant une discrimination du patron du groupe envers les signataires d’une tribune anti-Bolloré, avec qui il a affirmé ne plus vouloir travailler. « Je n’ai pas envie de travailler avec des gens qui me traitent de crypto-fasciste », avait-il lâché agacé, dimanche 17 mai, en plein festival de Cannes. « Canal+ comparaîtra devant la justice pour avoir violé la loi », affirment la CGT Spectacle et la LDH dans un communiqué où ils dénoncent le « choix brutal de discriminer » de Maxime Saada, président du directoire de Canal+, « en raison d’une expression politique et syndicale pour museler les voix qui s’élèvent dans la profession contre l’emprise croissante de Vincent Bolloré sur l’ensemble de la chaîne de fabrication et de diffusion du cinéma ». Dans ce texte, les demandeurs sollicitent du tribunal judiciaire de Nanterre qu’il « enjoigne à la société Canal+ de s’abstenir de toute mesure d’exclusion, de refus de collaboration, de discrimination à l’encontre des signataires de la tribune ». « Il est grand temps que les mondes de la culture et du savoir se coalisent et se révoltent contre l’œuvre réactionnaire du groupe Bolloré. L’action judiciaire est l’un des tremplins nécessaires à cette révolte », a commenté auprès de l’AFP l’avocat de la CGT Spectacle et de la LDH, Mᵉ Arié Alimi. Sollicitée par l’AFP, la direction de la chaîne n’a pas souhaité réagir. “L’abus de dépendance économique de Canal+” La tribune et sa réponse ont secoué le monde du cinéma en plein festival de Cannes : à 600 signataires au moment de la publication de la tribune, ses auteurs revendiquaient jeudi sur Instagram plus de 3 800 signataires. Parmi eux, de grands noms internationaux comme l’acteur espagnol Javier Bardem, le réalisateur britannique Ken Loach ou encore l’acteur américain Mark Ruffalo. Certains, à l’instar de l’actrice Anna Mouglalis, ont comparé la « liste noire » des signataires à une forme de « maccarthysme ». À lire aussi : Javier Bardem, Ken Loach ou encore Mark Ruffalo signent à leur tour la tribune anti-Bolloré LDH et la CGT Spectacle affirment également envisager un recours devant la Commission Européenne pour « sanctionner l’abus de dépendance économique de Canal+ qui s’inscrit dans un schéma de concentration réactionnaire de tous les vecteurs de la culture élaboré par Vincent Bolloré ». Canal+ détient un rôle clef dans la production et la distribution cinématographique française. Côté production, le groupe s’est engagé à investir 160 millions d’euros en 2026 et 170 millions en 2027 dans le cinéma français, après 150 millions en 2025, en recul toutefois par rapport aux 220 millions investis les années précédentes. Canal+ est présent à toutes les étapes de la vie d’un film, de son préfinancement jusqu’à sa distribution et son exploitation en salle. Le groupe a ainsi acquis en septembre 34 % du capital d’UGC, le réseau de salles qu’il espère contrôler dans sa totalité à partir de 2028. Tentatives de médiation Interrogée mardi 19 mai lors des questions au gouvernement, la ministre de la Culture Catherine Pégard a dit regretter la déclaration de Maxime Saada. « Au milieu des inquiétudes et des critiques des professionnels, inquiétudes légitimes, je voudrais que la raison et le dialogue puissent l’emporter sur les menaces », a-t-elle ajouté. Newsletter Cinéma Tous les mercredis, les recommandations des dernières sorties et l'essentiel de l'actualité cinéma. Le président de l’Arcom Martin Ajdari a émis, lui, le souhait de voir la situation s’apaiser. « Je pense qu’il y a quand même de nombreux acteurs qui doivent se parler, redescendre un peu après la vivacité des polémiques », a-t-il déclaré. Dans le même temps, la Société des réalisateurs et réalisatrices de films (SRF), qui regroupe 500 cinéastes, a proposé une médiation entre les signataires de la tribune et les équipes cinéma de Canal+. À lire aussi : La tribune anti-Bolloré enfle et met Cannes dans l’embarras : “Soit on est taxé de collabo, soit on est pétitionnaire” Cinéma Canal+ Économie de la culture Economie des médias Festival de Cannes 2026 Vincent Bolloré Le magazine en format numérique Lire le magazine Les plus lus Pour soutenir le travail de toute une rédaction, abonnez-vous Pourquoi voyez-vous ce message ? Vous avez choisi de ne pas accepter le dépôt de "cookies" sur votre navigateur, qui permettent notamment d'afficher de la publicité personnalisée. 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