Dans la région de la baie des Chaleurs, des Gaspésiens vivent au rythme de la terre et dans le respect de la nature. Le Devoir est allé à leur rencontre, à la chasse aux possibles. Premier texte.
Depuis 1998, Luc Potvin et Éric Giguère cultivent des légumes biologiques dans la chaleureuse vallée qui se creuse derrière le village de Maria, en Gaspésie. En cette fin avril, des vestiges de neige se subliment. M. Potvin creuse avec ses mains dans la paille mouillée et met au jour des tiges vertes qui émergent du sol. « L’ail a commencé à sortir ! » se réjouit-il.Cette saison sera la dernière que les deux maraîchers piloteront aux Jardins Viridis. Ils ont l’âge de transmettre. Leur parcelle de 13,5 hectares, dont le tiers est cultivé, est une perle qu’ils ne voudraient pas voir perdre de son lustre. Heureusement, ils ont trouvé de la relève, et même une façon d’assurer pour toujours la vocation agroécologique des lieux.Leur toute petite ferme, les deux hommes l’ont longtemps entretenue les samedis, parallèlement à leur « vrai » emploi respectif. Le chiffre d’affaires de l’entreprise, qui produit cinq tonnes de légumes de conservation (carottes, panais, betteraves, choux, patates, radis, rutabagas, ail et oignons) par année, est d’environ 20 000 $.« On s’entend que ce n’est pas avec ça que tu fais vivre une famille… Mais la centaine de ménages qu’on dessert avec nos légumes, je pense qu’ils l’apprécient énormément », explique M. Potvin, un grand-papa tout habillé de laine bleue, pour qui pratiquer l’agriculture est « un remède contre l’écoanxiété ».Aujourd’hui, un représentant de la relève tant espérée lui rend visite. Si tout se passe comme prévu, Matthieu Paradis, 37 ans, prendra bientôt les clés du tracteur.Depuis deux ans, M. Paradis et son partenaire d’affaires, Ludovic Landry-Johnson, posent les bases de la Ferme aux 40 écus, un organisme à but non lucratif qui se donne pour mission d’accompagner des personnes vulnérables vers l’autonomie et l’insertion sociale grâce au travail agricole. L’OBNL a officiellement été créé en mars dernier.« On se demandait où on voulait être dans 25 ans », raconte M. Paradis, qui est travailleur social à Gesgapegiag. Lancer une ferme de réinsertion apparaissait comme une manière de travailler à l’extérieur tout en aidant des jeunes dans le besoin. Avec un tel projet, les deux hommes ne « rouleront pas sur l’or », reconnaît l’entrepreneur social, mais seront heureux. « Un jour, on veut en vivre, mais on est conscients que ça va prendre beaucoup de temps. »












