L’un est israélien, l’autre palestinien et tous deux ont été endeuillés par le conflit qui déchire leurs peuples. Coauteurs de “La paix est notre avenir”, ces deux militants du dialogue étaient invités ce vendredi matin par Ali Baddou. Un échange qui fait du bien. Même s’ils ne sont pas toujours d’accord, Maoz Inon et Aziz Abu Sarah insistent sur l’importance d’écouter le récit de l’autre. Capture d’écran Dailymotion Par Valérie Lehoux Publié le 22 mai 2026 à 15h30 Dans l’interminable désastre qui ravage le Proche-Orient, entendre un Israélien et un Palestinien parler de paix et de dialogue avait quelque chose d’à la fois surréaliste et stimulant, ce matin à 8h20 sur France Inter. Invités de la station : Aziz Abu Sarah et Maoz Inon, qui viennent de cosigner un livre La paix est notre avenir (éd. L’Arbre qui marche), et mènent actuellement une série de rencontres un peu partout dans le monde. La figure de Maoz Inon avait émergé sur la place publique dans les semaines suivant le 7 octobre 2023 — nous l’avions rencontré à Tel-Aviv au printemps suivant. Ce cinquantenaire spécialisé dans le tourisme, habitué depuis longtemps à travailler avec des Palestiniens, avait perdu ses deux parents et nombre de ses amis d’enfance dans l’attaque du Hamas. Quant à Aziz Abu Sarah, 46 ans, journaliste, entrepreneur également dans le tourisme, il fut endeuillé dès l’enfance : à l’âge de 9 ans, il a vu son frère aîné être emprisonné par les forces israéliennes pendant l’Intifada, puis décéder après un an de prison, des suites des mauvais traitements qu’il y avait subis. Sur l’antenne d’Inter, chacun aura insisté sur l’importance d’écouter le récit de l’autre, et qu’importe s’ils ne sont pas toujours d’accord, si certains mots divisent. Celui de génocide à Gaza ? L’important, pour eux, n’est pas dans les termes, il est dans l’arrêt de la violence qui n’a rien de sémantique ; dans la reconnaissance de la souffrance des autres et de leur légitimité même à exister. « J’ai vécu plus de vingt guerres. Où sommes-nous après vingt guerres ? Je n’ai pas de liberté, et lui, il n’a pas de sécurité », a pointé le Palestinien. Maoz Inon et Aziz Abu Sarah savent le poison mortel des haines qui s’enkystent : partout où ils voyagent aujourd’hui, ils disent sentir l’incompréhension grandir… Mais aussi, sur place, la conscience que la paix sera la seule issue possible — une grande réunion de pacifistes juifs et arabes a eu lieu récemment à Tel-Aviv, en dépit d’un gouvernement qui ne veut pas en entendre parler. Nous disons aux gouvernements européens : “vous devez agir pour la paix !” Maoz Inon Réagissant aux images diffusées mercredi de militants pacifistes, justement, menottés et agenouillés devant le ministre israélien de la Sécurité nationale, son compatriote Maoz Inon n’a pas mâché ses mots : « Ce que Ben Gvir fait aux militants des flottilles pour la paix, il le fait tous les jours aux prisonniers palestiniens, mais on en parle beaucoup moins. C’est pour cela que nous disons aux gouvernements européens : “vous devez agir pour la paix !” » Et de rappeler que pour résoudre le très long conflit irlandais, l’Union avait su mettre les moyens nécessaires. Les deux hommes, qui se définissent comme des « pragmatiques » — et veulent voir dans le voyage un outil de tolérance —, ne cessent d’interpeller les instances internationales, seules capables à leurs yeux de mettre fin au conflit. Leur intervention croisée aura provoqué, aux dires du journaliste Ali Baddou, de très nombreuses réactions d’auditeurs — « Je pleure en vous écoutant », a dit l’un d’eux. Un dialogue salutaire, qu’on pourra compléter en écoutant une autre émission récente, Répliques, sur France Culture, qui réunissait le 9 mai dernier, deux intellectuels palestinien et israélien, Elias Sanbar et Élie Barnavi. À lire aussi : À quoi ressemble le quotidien des enfants palestiniens ? Le délicat travail de vérité de “From Gaza With Love” Radio & Podcasts Podcasts Palestine Conflit israélo-palestinien Israël Le magazine en format numérique Lire le magazine Les plus lus