Dado était un peintre, dessinateur, graveur et sculpteur originaire du Montenegro. Arrivé en France en 1956, il s’est installé à Paris, puis en 1962 dans le village d’Hérouval, près de Gisors (Eure). Rapidement reconnu par le mouvement des artistes contemporains français, il a été exposé de Beaubourg à New York, de Bâle à Venise, de Belgrade à Vienne ou encore de Chicago à Shanghai. Les galeries et les collectionneurs se sont rués sur chacune des créations sorties de son atelier.En 1991, le philosophe Gilles Deleuze lui écrira : « votre peinture est puissante. Une terreur où la matière est l’homme. Il y a un rapport qui n’appartient qu’à vous, entre les formes-matières ou l’homme-animal, l’invertébré, et les fonds-couleurs qui donnent des pouvoirs de transparence ou de réflexion. Beauté des couleurs ».« Entre Dado et moi, ce fut une passion »Il restera toute sa vie accessible aux autres, notamment à ceux qui ont suivi sa prolifique imagination artistique comme Hendrick Bokdam, un Néerlandais, directeur financier pour des multinationales à Paris. « J’ai fait sa connaissance en 1995. Il est décédé en 2010. Pendant quinze ans, entre nous, ce fut une passion. Il m’a offert et j’ai acheté de très nombreuses œuvres que j’ai toujours voulu exposer. Je désire promouvoir Dado et son œuvre ».C’est désormais chose faite, car sa fille Caroline Bokdam, en rachetant le Manoir de Vaux, dont les 9 hectares sont inscrits à l’inventaire supplémentaire des Monuments Historiques, lui permet de consacrer 400 m2 sur deux étages à l’artiste balte dans le premier musée d’art contemporain de l’Eure.Une série complète d’œufs de dinosauresAinsi, dans l’ancien colombien et les écuries, Hendrick Bokdam a imaginé un écrin « pour accrocher et présenter les quinze dernières années de Dado. Une période où on s’est vu tous les jours. J’avais vraiment un lien direct avec lui que je veux partager avec les autres sans but lucratif. Je veux avec ce musée interpeller et faire réagir les gens. Cette collection permanente va comporter des tableaux, des sculptures, des céramiques, des dessins, des objets insolites et la série complète des œufs de dinosaures si convoitée par des collectionneurs. Il y aura aussi des espaces consacrés à la médiation culturelle ».Pour cela, les travaux ont commencé en 2019 avec le soutien de la Drac (Direction régionale des affaires culturelles), la Fondation du patrimoine, la région Normandie, le fonds européen Leader et la Sauvegarde de l’art français. Le musée est la première tranche. Il sera inauguré le 30 mai et ouvert au public tous les jours de l’été de 14 heures à 18 heures à partir de la mi-juin.« Nous poursuivons en parallèle la restauration du domaine pour ouvrir dans le corps du logis, une salle de spectacle consacrée au jazz et aux spectacles vivants, un espace pour les sculptures sous la charreterie et surtout des lieux d’expositions temporaires dans les communs et dans la chapelle Saint-Laurent, bâtie au XIIe siècle où de grandes découvertes archéologiques ont été exhumées », spécifie Caroline Bokdam. Un ensemble de 1 300 m2 consacrés à l’art, au patrimoine et à la nature qui sera également ouvert aux écoles. « Les premiers visiteurs sont déjà bluffés », se félicite Caroline Bokdam.