1,2 milliard d’euros d’aides, une croissance qui s’essouffle et une dette qui culmine : la crise au Moyen-Orient vient percuter un budget français déjà exsangue.1,2 milliard d’euros : c’est désormais le coût pour les finances publiques des mesures d’aides mises en place par le gouvernement pour soutenir les ménages et les entreprises les plus touchées par la flambée des prix du pétrole. Après un premier paquet d’aides de 470 millions, le Premier ministre Sébastien Lecornu a annoncé, jeudi 21 mai, une nouvelle salve de 710 millions pour faire face à la situation économique née de la guerre au Moyen-Orient.Aides sectorielles et aux gros rouleurs jusqu’à la fin de l’été… Le locataire de Matignon assure qu’il ne change pas de « philosophie » mais d’« échelle » : le retour au « quoi qu’il en coûte » n’est toujours pas prévu, état de nos finances publiques oblige, et le choix du ciblage chirurgical et temporaire demeure. Si l’on compare à ce que font nos voisins européens, la réponse est en effet mesurée et semble sérieuse.Le Premier ministre s’est également refusé à « toute baisse générale indiscriminée de la fiscalité sur le carburant » – mesure exigée par le Rassemblement national - et il a rappelé que des économies seraient à faire, sans préciser où pourrait être passé le rabot (6 milliards d’euros de crédits ont déjà été gelés, soit le coût estimé de la guerre en Iran sur les finances publiques). Car contrairement à ce qu’assuraient certains, il n’existe pas de supercagnotte fiscale liée à la flambée des prix du carburant : les Français ont limité leur consommation d’essence et de gazole, limitant l’effet de la hausse des prix.BraisesSébastien Lecornu reste droit dans ses bottes et se pose en gardien de notre sérieux budgétaire… mais jusqu’à quand ? La croissance s’essouffle dangereusement : le FMI ne prévoit plus que 0,7 % d’augmentation du produit intérieur brut cette année. La Commission européenne espère à peine mieux : 0,8 %. Le gouvernement tablait lui sur 0,9 %… Surtout, l’inflation atteignait déjà 2,2 % sur un an en avril. Le sujet du pouvoir d’achat est en train de redevenir central. La difficulté de vivre dans « la France à Macron » est devenue un item récurrent sur les réseaux sociaux.Le scénario économique rappelle dangereusement celui de 2022 : avec l’invasion de l’Ukraine par la Russie, la campagne électorale s’était concentrée sur ce sujet, poussant même les candidats les plus rationnels à promettre monts et merveilles. Résultat ? Un deuxième « quoi qu’il en coûte » qui a contribué à porter notre dette à plus de 3 400 milliards d’euros aujourd’hui.Si la crise perdure, les candidats à la présidentielle se feront une joie de souffler sur les braises en multipliant les promesses de coup de pouce au pouvoir d’achat, malgré les caisses vides. Le débat sur le redressement budgétaire du pays risque de repasser à l’arrière-plan, alors qu’il n’aura jamais été aussi brûlant, avec la remontée brutale des taux d’intérêt, qui renforce le coût de la dette.La force de Sébastien Lecornu ? Il ne s’est pas déclaré candidat à l’Élysée pour le moment, et n’aura donc pas de bilan à défendre. Mais dans une France prête à s’embraser à la moindre étincelle, le « gardien du sérieux » peut-il tenir ? La course contre la montre a en tout cas commencé.