Après le coup d’éclat de Sorry to Bother You (2018), qui faisait basculer la satire du travail dans un surréalisme halluciné, Boots Riley revient avec un objet encore plus chaotique, baroque et volontairement saturé. I Love Boosters ressemble à une dystopie fashion vitaminée au R&B, à une comédie de cambriolage sur l’adrénaline et à une fable politique sur la solidarité de classe, portée par un imaginaire afro-américain flamboyant, où la culture noire irrigue autant la distribution que la musique, l’humour et les codes visuels.Dès les premières scènes, le film impose son esthétique : néons agressifs, clubs enfumés, musique omniprésente, cuivres tonitruants, costumes extravagants et dialogues chargés d’argot. On le voit de facto, rien ici ne cherche l’épure. Boots Riley accumule les idées comme on emplirait un sac d’objets volés dans un grand magasin de luxe. Le résultat déborde de partout, parfois jusqu’à l’épuisement, mais l’excès fait partie intégrante du projet.

Au centre du récit se trouve Corvette, incarnée par la sémillante Keke Palmer, entourée de ses complices Sade (Naomi Ackie) et Mariah (Taylour Paige). Ensemble, elles forment le Velvet Gang, trio de boosters, des voleuses à l’étalage, qui fait main basse sur des vêtements de luxe pour les revendre dans les clubs et les quartiers populaires. Leur devise tient aux trois F : « Fashion, Forward, Filanthropy » (ce dernier terme désignant de façon humoristique leur « philanthropie avant-gardiste »), ce qui résume parfaitement le ton du film : ironique, militant et délicieusement absurde.Une guerre des classes grifféeDans cette Amérique d’anticipation où les inégalités ont explosé, les employées des grandes maisons de mode touchent des salaires dérisoires tout en étant forcées d’acheter les créations de leurs patrons milliardaires. Le capitalisme y prend des allures grotesques, jusque dans l’urbanisme : immenses tours froides et bancales, quartiers surchargés, centres commerciaux semblables à des temples futuristes.Le bouc émissaire, mais qui incarne aussi la figure magnétique autour de laquelle tout le scénario gravite, est Christie Smith, designer mégalomane milliardaire, campée par une Demi Moore impériale et irrésistible. Génie du marketing capable de transformer n’importe quel slogan vide en dogme existentiel, elle règne sur son empire comme une gourou de la perception. Mais Boots Riley évite l’écueil du manichéisme en créant cette figure ambivalente, à la fois détestable et admirée par le groupe de voleuses professionnelles. C’est dans ces zones de complexité et de nuance que I Love Boosters trouve toute sa sagacité, sa force de frappe.