Dans Deux pianos, Arnaud Desplechin retrouve plusieurs des motifs qui traversent son cinéma depuis trois décennies : les amours impossibles, les retours du passé, les familles blessées, les personnages saisis par une forme d’inquiétante étrangeté. Le cinéaste, à qui l’on doit les très beaux Rois et reine, Un conte de Noël et Trois souvenirs de ma jeunesse, signe ici un mélodrame hanté, tourné dans la région lyonnaise. Mais si l’atmosphère existe bel et bien, l’émotion, elle, demeure trop souvent à distance.Mathias Vogler (François Civil), pianiste virtuose exilé au Japon, revient à Lyon pour une série de concerts auprès d’Elena (Charlotte Rampling), ancienne mentore qui l’a formé et semble attendre de lui un retour à la mesure de son talent. Dès son arrivée, pourtant, la ville réveille ses fantômes : un enfant qui lui ressemble étrangement le trouble jusqu’à la panique, tandis qu’une rencontre avec Claude (Nadia Tereszkiewicz), amour de jeunesse désormais liée à Pierre (Jérémy Lewin), ravive une douleur ancienne. De là, le film déploie un récit de retrouvailles, de vertige amoureux et de mémoire empêchée. Lyon devient alors moins un décor qu’une chambre d’écho, un lieu où chaque rue, chaque visage, semble reconduire Mathias vers ce qu’il croyait avoir quitté.
«Deux pianos»: le passé en sursis
Il y a chez Arnaud Desplechin des fantômes qui reviennent avec tant d’insistance qu’ils finissent parfois par prendre toute la place.















