Alors que Vichy est au cœur de plusieurs films, la montée du RN s’invite dans les esprits. Et aussi, nos critiques, vidéo et photo du jour. Swann Arlaud, Emmanuel Marre et Sandrine Blancke pour la projection de « Notre salut », film applaudi sur la collaboration. Photo Daniele Venturelli/WireImage Par Louis Guichard, Frédéric Strauss, Emma Defaud, Louise Wessbecher Publié le 21 mai 2026 à 18h02 Mis à jour le 22 mai 2026 à 00h11 Les actus « Plus jamais ça ! » À l’issue de la standing-ovation au Grand Théâtre Lumière mercredi soir, la courte déclaration d’Emmanuel Marre est on ne peut plus claire. Le réalisateur vient de présenter en compétition Notre salut, film passionnément politique qui aborde Vichy et la collaboration à l’échelle d’un arriviste sans envergure mais pétainiste forcené (l’excellent Swann Arlaud). « J’ai juste envie de dire : plus jamais ça ! Non vraiment, plus jamais ça ! Et je le redis, plus jamais ça. » L’émotion est palpable, et les mots claquent. Difficile de ne pas penser à l’absence de mots de Gilles Lellouche qui, lui, incarne le résistant Jean Moulin dans le film de László Nemes, quelques jours plus tôt. Coincé dans l’exercice pas toujours aisé de la conférence de presse, l’acteur s’était vu poser deux questions par un journaliste du média en ligne Paroles d’honneur, proche de LFI : « Le Rassemblement national, fondé par certains des collaborateurs de Klaus Barbie, traîtres à leur nation, ont une chance d’arriver au pouvoir. Pensez-vous aujourd’hui qu’il est primordial, pour ne pas trahir la mémoire de Jean Moulin, de combattre résolument le RN ? Pensez-vous également que La France insoumise, majoritaire à gauche, est aujourd’hui le meilleur rempart à l’extrême droite, son programme étant aussi inspiré du Conseil national de la Résistance ? » Et Gilles Lellouche d’esquiver : « Elle n’est pas un petit peu orientée votre question, non ? Je n’ai pas de réponse à ça, monsieur. » Dommage, on aurait bien voulu une réponse à la première question. — L.W. Miam ou beurk ? Une élue descendue sur la Croisette pour le festival s’étonnait auprès de ma collègue de ne pas pouvoir acheter de pop-corn avant les projections. Grignoter pendant la séance fait partie, pour elle, des joies du cinéma. Elle avait apporté son paquet de M & M’s. L’anecdote m’a fait sourire car, quand j’ai découvert Cannes il y a cinq ans, j’ai réalisé que les festivaliers bénéficiaient d’un immense privilège : celui d’assister à des projections sans bruits de paquet de chips froissés ou de mastication. C’est écrit dans le règlement : il est interdit de boire et de manger dans la salle. Les gourdes sont tolérées. Un bonheur qui me permet de plonger complètement dans les films, yeux et oreilles. Jusqu’à cette année. Un quart des séances auxquelles j’ai assisté m’ont placée à proximité d’un mangeur. Pschit, la canette qu’on ouvre, wrap, le papier qu’on froisse, beurk, l’odeur des chips goût bacon… Évidemment, j’étais agacée. Mais comment ne pas comprendre la difficulté des festivaliers à suivre le rythme ? Uniquement sur la Sélection, il faut compter sur vingt-deux films en compétition, sept Hors compétition (dont celui sur de Gaulle, ceux d’Agnès Jaoui, d’Andy Garcia…), cinq Séances de minuit (dont le dernier Dupieux ou Jim Queen, le film d’animation qui a conquis la Croisette), dix Cannes Première (dont les films de John Travolta ou Christophe Honoré) et treize Séances spéciales (dont les docs sur la guerre en Ukraine, le procès de Bobigny sur l’avortement, des portraits de Lennon, Cantona, Avedon, ou le fantastique film d’animation Tangles). Quarante-quatre films sur douze jours ! On peut y ajouter aussi y ajouter les vingt films d’Un certain regard, qui fait aussi partie de la Sélection. Et tout cela sans citer les autres sections — la Semaine de la critique (onze longs métrages, dix courts), la Quinzaine des cinéastes (vingt longs métrages, neuf courts), l’Acid, la compétition immersive — qui comprennent aussi, toutes, des films excitants. Si on compte une demi-heure de file d’attente entre chaque film, difficile de placer des repas dans des restaurants et fast-foods toujours bondés. À titre de comparaison, l’édition de 2019 comprenait vint et un films en compétition, cinq Hors compétition, une Séance de minuit, et neuf Séances spéciales. Cannes Première n’avait pas encore été créé. Un total de trente-six films. De façon paradoxale, le privilège du silence prend donc fin avec l’abondance de films. — E.D. À lire aussi : “Voir des enfants au cinéma, c’est revigorant !” : Bruno Dumont raconte comment il a tourné le solaire “Les Roches rouges” Les critiques du jour La Bataille de Gaulle : L’Âge de fer, d’Antonin Baudry Newsletter Cinéma Tous les mercredis, les recommandations des dernières sorties et l'essentiel de l'actualité cinéma. À Londres, en 1940, de Gaulle, seul, porte à bout de bras la flamme de la France libre. Le premier volet d’un biopic, jamais hagiographique, consacré au futur président, a été montré Hors compétition au festival. — F.Str. Hors compétition. Sortie le 3 juin. À lire aussi : Cannes 2026 : dans “La Bataille de Gaulle : L’Âge de fer”, Simon Abkarian droit dans les bottes du général The Man I Love, d’Ira Sachs (en compétition) Avec son héros, artiste queer frappé par la maladie dans le New York des années 1980, Ira Sachs écrit une nouvelle page singulière de la reconstitution de la tragédie du sida. — L.G. En attente de date de sortie. À lire aussi : Rami Malek bouleverse en malade condamné qui veut vivre dans “The Man I Love”, à Cannes La bola negra, de Javier Calvo et Javier Ambrossi (en compétition)Les Javier, créateurs de la superbe série La Mesias, signent un film fleuve, baroque, sensuel, foisonnant (trop ?), qui court sur trois époques (1932, 1937, 2017) pour révéler ce qui unit les trois personnages principaux. — L.G. En attente de date de sortie. À lire aussi : À Cannes, les “enfants” d’Almodóvar prennent le relais avec un film-manifeste, “La Bola negra” Mariage au goût d’orange, de Christophe Honoré Le réalisateur adapte au cinéma sa pièce Le Ciel de Nantes, avec Malou Khebizi, Paul Kircher, Vincent Lacoste et Adèle Exarchopoulos. Un joyeux bordel réjouissant qui nous a aussi tiré quelques larmes. — M.S. Sortie le 18 novembre. À lire aussi : “Mariage au goût d’orange”, de Christophe Honoré à Cannes, c’est un grand oui La vidéo du jour : Eva Huault, l’interview début de carrière La photo du jour Milo Machado-Graner, l’enfant d’« Anatomie d’une chute », à Cannes cette année pour sa voix dans le film d'animation « Carmen l'oiseau rebelle », de Sébastien Laudenbach. Photo Fanny de Gouville pour Télérama